20. fluctuat nec mergitur

Extrait de Marcus Aurelius, in Pensées pour moi-même, Livre IV :

XLIX. – Ressembler au promontoire contre lequel incessamment se brisent les flots. Lui, reste debout et, autour de lui, viennent s'assoupir les gonflements de l'onde.

« Malheureux que je suis, parce que telle chose m'est arrivée ! » Mais non, au contraire : « Bienheureux que je suis, puisque telle chose m'étant arrivée, je persiste à être exempt de chagrin, sans être brisé par le présent, ni effrayé par ce qui doit venir. » Chose pareille, en effet, aurait pu survenir à n'importe qui, mais n'importe qui n'aurait point su persister à être exempt de chagrin. Pourquoi donc cet accident serait-il un malheur, plutôt que cet autre un bonheur ? Appelles-tu, somme toute, revers pour un homme, ce qui n'est pas un revers pour la nature de l'homme ? Et cela te paraît-il un revers pour la nature de l'homme, ce qui n'est pas contraire à l'intention de sa nature ? Eh quoi ! cette intention, tu la connais. Cet accident t'empêche-t-il d'être juste, magnanime, sage, circonspect, pondéré, véridique, réservé, libre, et caetera, toutes vertus dont la réunion fait que la nature de l'homme recueille les biens qui lui sont propres ? Souviens-toi d'ailleurs, en tout événement qui te porte au chagrin, d'user de ce principe : Ceci n'est pas un revers, mais c'est un bonheur que de noblement le supporter.

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Traduction, préface et notes par Mario Meunier, GF Flammarion, 2014.