la vie continue

Bientôt trois semaines dans une nouvelle maison, une nouvelle rue, de nouveaux voisins parfaits, et comme qui dirait une nouvelle vie. C'est encore la phase d'adaptation, d'installation et de découvertes. Un pas à la fois, le premier étant fait, les autres sont plus faciles. Le déménagement s'est fait un lundi. Sous un beau soleil. Le déménageurs sont arrivés beaucoup plus tôt que prévu. Ils devaient être là en après-midi, on n'avait pas voulu me donner d'heure précise parce qu'ils avaient un autre déménagement à faire le matin. J'ai fait l'erreur de penser qu'ils ne se pointeraient que vers deux heures de l'après-midi. Misère. À onze heures, ding dong, bonjour madame, c'est nous qu'on vous déménage. Arf. J'étais en grande conversation avec la voisine. Et pas prête. J'ai accéléré et fini de vider le frigo et les armoires de cuisine. Quelqu'un pourrait-il me dire comment il se fait qu'il se ramasse tant de bébelles dans le fond des tiroirs et des armoires ?

Je suis bien ici, dès que je fais une pause j'ouvre mon cahier et j'écris, j'écris tout et au sujet de tout ce que je vois, entends, sens, devine, désire, intuitionne, invente ; c'est un journal de bord, des listes de choses à faire, à trouver, à partager, des amis à contacter, le courrier à ramasser dans un petit casier au milieu de dizaines de petits casiers tous pareils situés sur une rue voisine, des trucs à ne pas oublier, à lire ou à écrire, je suis redevenue l'obsédée du stylo bic [une chance que je n'ai pas d'attirances particulières pour les scies à chaîne, ça ferait du grabuge].

Je ne boude pas l'Internet. Il est là et ne s'enfuira pas. C'est étrange. J'ai déjà tellement écrit dans ce journal en ligne, parfois deux ou trois billets par jour, c'était magique. Maintenant, j'y pense moins, pour l'écrit. C'est devenu autre chose. Une partie se retrouve sur le papier et l'autre sur le web. Chaque mot, chaque phrase et ce qu'ils transportent dans leurs valises trouve ainsi sa place et des yeux, oreilles et coeurs de lecteurs différents. J'aime cette liberté d'avoir le choix.

Je me lève à six ou sept heures tous les matins. Les oiseaux me réveillent à cinq, parfois même entre quatre et quatre et demie. Les autres matins, c'était la sauvagine. Les grandes bernaches passaient en cacardant à qui mieux mieux [je me dis que ce sont « mes » outardes], en migration vers le nord. Elles volent bas, juste au-dessus du fleuve, en face de la maison. Ma chambre étant située au 2e étage, c'est comme si j'avais les oies sauvages sur la tête, ou plein la tête. Intéressant. J'ai lu ceci dans Faune et flore du pays :

Les bandes migratrices de Bernaches du Canada sont facilement reconnaissables à leurs formations en « V » irrégulières lorsqu’elles volent au printemps et à l’automne. On peut souvent les entendre également, puisqu’elles cacardent habituellement en un choeur soutenu. Leurs cris varient d’un ka-lunk profond pour les races de moyenne et de grande tailles à des voix aiguës et caqueteuses pour les races de plus petite taille. Les chercheurs ont établi que la Bernache du Canada possédait environ 13 cris différents, variant des bruyants cris de salutation et d’alarme aux faibles gloussements et aux murmures des Bernaches qui s’alimentent.

Les oisons commencent à communiquer avec leurs parents alors même qu’ils sont encore dans leur oeuf. Leurs cris se limitent à des petites salutations, à des cris de détresse et à des trilles aigus indiquant leur contentement. Les oisons répondent de façons différentes à différents cris des adultes, ce qui indique que les adultes utilisent une variété de cris possédant une gamme de significations pour communiquer avec leurs petits.

Je n'ai encore jamais entendu les cris des oisons de la bernache. J'aimerais ça.

Les trois premières nuits ici, je n'ai pas dormi du tout. Ma chambre n'ayant pas été nettoyée [je censure les passages dégoûtants sur ce qu'il y avait comme crasse incrustée partout dans cette chambre et dans toute la maison, j'ai eu mal au coeur tout le temps qu'a duré ma corvée de nettoyage], je dormais dans le lit-divan au rez-de-jardin. Mais depuis que j'ai installé mon cher grand lit, je dors comme un bébé joufflu qui ouvre l'oeil à l'heure des poules.

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Ce matin je n'ai pas entendu les bernaches. J'ai été réveillée par des oiseaux qui criaient wou-hou-hou-hou. Le wou plus long que les deux ou trois hou hou qui suivent et sonnent un peu triste. Normal. C'est le chant de la tourterelle triste, la belle Zenaida macroura, aussi appelée Tourterelle de la Caroline. Ou Morning Dove. Elle porte bien son nom en english et encore mieux en latin. Zenaida macroura, pour un nom d'oiseau, ça fait plutôt classe. En tout cas, pas banal. Dommage que son nom français soit si ordinaire. Je n'ai pas eu la chance de voir Zenaida [c'est comme le prénom d'une amoureuse aussi transie que malheureuse et niaiseuse dans un roman russe (;-)), j'adore ça]. Sinon, je l'aurais photographiée. Ça fait que je suis allée emprunter son portrait de tourterelle dans wikipedia pour célébrer la première page de journal en ligne écrite en pleine campagne.

Je n'ai absolument aucun regret d'avoir quitté la ville pour cette vieille maison que l'on dirait blottie entre fleuve et forêt. C'est la meilleure décision que j'ai prise depuis des lunes.

Crédits pour l'image de la Tourterelle triste : Mourning Dove, Cabin Lake Viewing Blinds, Deschutes National Forest, Near Fort Rock, Oregon. Juin 2006. Source : Wikimedia commons. Auteur : www.naturespicsonline.com