141. sur l'ire d'aller

sujet du jour = colère. l’ire incontournable des cruciverbistes.

pour approcher le sujet, j'ai pas la moindre envie de pondre un exposé classique. pour dire le vrai, je me sentirais tout à fait ridicule de structurer un texte « normal » à ce propos, et qui comporterait une introduction, un développement et une conclusion.

je courtiserais bien l’aphorisme, mais peu experte dans l’art ou le procédé, je crains la maladresse ou pire le galimatias [joli mot].

nous nous contenterons donc de fragments parsemés avec parcimonie. suivons le cheval.

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dans le vieil érable devant la maison, encore plus vieux que celui de la rue Hutchison, il y a un énorme nid de fourmis noires. ça court partout. et ça se multiplie autant que ça brille et frémille. mais personne de la noire tribu n’a osé toucher à mes fleurs, plus belles que jamais avec toute cette pluie des derniers jours. ça mange quoi, des fourmis ?

***

l’été dernier je me suis retrouvée avec un petit groupe dans lequel plusieurs exprimaient leur colère devant je ne me souviens plus quoi [mais ils avaient raison d’être en maudit, moi-même je fulminais]. à un moment donné, une femme a pris la parole et affirmé qu’au terme d’un cheminement personnel, elle ne ressentait plus jamais de colère devant rien, terminé. zen. je suis restée bouche bée, sidérée.

je ne crois pas qu’il existe de « bonnes » ou de « mauvaises » émotions. des « à proscrire », des « à s'éradiquer » du jardin intérieur comme des plantes adventices. pas au moment où elles surgissent en tout cas. et la colère ce n’est qu’une émotion comme les autres. pas de quoi en faire tout un plat.

sentir la colère monter comme une mayonnaise forte en moutarde [ou pas], avoir conscience de l’état émotif qui change, savoir que j’ai le choix de répondre par tel ou tel comportement ou action, c’est ça la clé. ça que l’éducation ne dit pas toujours [ou si elle me l’a dit, j’étais occupée ailleurs]

des colères, il y en a toute une gamme : forte, rouge, divine, froide, noire, terrible, blanche. 

entre un irritant, une irritation, une susceptibilité, un emportement, de la rage, de la fureur, il y a plein de différences. comme pour les couleurs, il faudrait un nuancier. ou alors les colorier pour mieux les reconnaître et les nommer.

un nuancier pour les émotions ? pas besoin d’en faire un, ça existe déjà. et c’est partout sur le web et traduit en français si on veut. il s’agit de la roue de Plutchik. une sorte de fleur montrant huit émotions de base en son centre et les autres en progression alentour. 

intéressant de noter que la colère et la peur sont sur le même pôle. et tout en couleur en plus. fabuleux. ça reste un gadget qui pourra jamais décoincer quelqu’un de véritablement pogné avec sa colère.

j'ai longtemps pensé que si je laissais à ma colère la bride sur le cou, je pourrais tout casser, perdre le contrôle. et que ça serait terrible, dévastateur. j'ai essayé [avec mon petit cheval]. et alors ? pas du tout ! j'ai rien cassé du tout. sauf la peur.

je vous laisse avec ça.

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et avec vous demain pour la suite [quelqu'un pourrait-il me dire quoi donner à manger à mes fourmis ?]

du miel ? des bruscheta aux pucerons, une brunoise d'asticots ?