l'aliénicide

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C'est quoi un aliénicide. Le meurtre d'un alien. Mais non. C'est quoi un aliénicide. Ne me demandez pas cela à moi. Je ne suis pas linguiste. Pas linguiste, mais curieuse.

Faut-il lui mettre un accent aigüe sur le premier e ou pas. Oui, en français on met [encore] des accents quand il en faut.

J'ai cherché dans mes dictionnaires, les gros en papier et les autres, les automatiques, les numériques, les thématiques, les analogiques, les linguistiques et les terminologiques. Rien. Le mot tapé dans Google.ca conduit à quatre sites web : trois qui parlent de tuer un alien. Et les Polémiques de Guy Laflèche.

Rien dans Littré, rien dans le De Villers, les Robert petits et gros, le Larousse, ni même dans mon vieux Quillet. Mais on y trouve aliénabilité, aliénable, aliénataire, aliénateur, aliénation, aliéné/ée, aliéner, et aliéniste.

Conclusion : aliénicide est un néologisme. Ou bien je n'ai pas assez ou mal cherché.

J'avais découvert le mot dans un titre en rouge dans la page http://www.mapageweb.umontreal.ca/lafleche/po/aqu.html : L'aliénicide d'Aquin. Se tuer soi même quand on soufre d'une maladie mentale serait un aliénicide et non un suicide. Mais comment se fait-il que je n'entende jamais ce mot nulle part.

En parlerai-je ou pas. J'ai un peu hésité. Et si ce matin je révèle une partie de mes lectures et découvertes, vous me verrez nageant dans l'épais brouillard d'une polémique, des mythes et des tabous, d'ostracismes et de désinformations qui ne datent pas d'hier. De toute manière, la chose appartient d'ores et déjà au domaine public, alors.

Alors je choisis d'en faire un petit billet que peu liront – personne n'ignore plus que ma petite personne sur le web, c'est personne, et ce journal ce n'est rien, c'est même pas un blog/ue, alors je peux bien écrire ce que je veux et ce que je pense dedans, ce qui n'empêchera jamais la brillante pensée commune de danser en rond – mais au moins j'aurai la satisfaction d'avoir pratiqué une petite fissure dans le mythe, brisé un silence malsain et lourd. Pour moi et en mon nom propre je l'aurai fait. Au risque de créer un malaise.

Pour commencer, ce court paragraphe, lu et relu :

La vérité, l'aliénicide d'Aquin, continuera donc d'être cachée en regard du mythe si beau du suicide. Les saints Martyrs canadiens, Dollard des Ormeaux, l'abandon de la France, la Confédération, Maria Chapdelaine, Émile Nelligan et Hubert Aquin, autant de beaux mythes qu'on tue pourtant chaque fois d'un mot ou deux, si l'on accepte qu'ils soient tout simplement énoncés. Supplice, convoi de traite, conquête militaire, tentative d'assimilation, colonisation culturelle, névrose et aliénicide.

Comment j'ai trouvé ça. Voilà. Après avoir relu Prochain épisode, je me proposais de lire tous les livres de H. A. d'ici les Fêtes. J'avais noté une liste sur la page d'hier et après l'avoir mise en ligne, j'ai fait une recherche [par internet] dans les différentes bibliothèques des alentours afin de mettre la main sur lesdits livres. Et j'en ai trouvé d'autres.

Je rajouterai donc à ma liste Aquin [à lire d'ici... ] :

  • Journal, 1948-1971, [résumé BQ : « De 1948 à 1971, selon des fréquences irrégulières, à Londres et Paris, Montréal, Wells Beach, en Suisse et en Italie, Hubert Aquin a écrit des notes personnelles qui ensemble forment ce journal, document capital qui représente une entrée privilégiée dans son univers mental. L'anecdotique y tient en effet moins de place que la réflexion morale, philosophique et littéraire. Ces fragments, de longueur variable, montrent un homme aux prises avec les forces vitales qui s'agitent en lui et qui bouleversent son rapport à lui-même, chavirant les fondements de la création littéraire et ceux, plus névralgiques, de l'existence elle-même. »]
  • Mélanges littéraires I et II. Ces livres réunissent des articles et des comptes rendus publiés à partir de 1947, des articles publiés entre 1961 et 1969, des conférences et des allocutions prononcées entre 1950 et 1975 et six projets de romans élaborés entre 1961 et 1975 et demeurés inachevés. S'y ajoutent d'autres textes, des préfaces, des conférences, rédigés ou publiés entre 1963 et 1977, dont le célèbre essai intitulé La fatigue culturelle du Canada français. Il s'agit d'une édition critique établie par Jacynthe Martel et Claude Lamy.
  • Récits et nouvelles, [résumé BQ : « Tout est miroir. Essentiels et déterminants, les récits et nouvelles d'Hubert Aquin nous font assister à la mise en place de son œuvre à venir. Ils font partie de ses écrits de jeunesse et doivent être considérés comme la recherche d'un style propre, qui ne se fait pas sans tâtonnements ni ratés. Ces pages, dont l'écriture s'échelonne de 1945 à 1967, permettent de mesurer la progression de l'activité littéraire de l'auteur de Prochain épisode. Ce qu'on entrevoit ici, c'est ni plus ni moins que la constitution de l'univers imaginaire de l'un des plus grands écrivains de la littérature québécoise.Comprend quatre inédits. »]

De fil en aiguille, j'ai rencontré un autre titre : Signé Hubert Aquin, écrit par Gordon Sheppard et Andrée Yanacopoulo. Une enquête sur un suicide que l'écrivain aurait signé comme son dernier livre. J'ai du mal avec l'idée. La mort d'Aquin n'est pas un livre. Mourir ce n'est pas écrire. Se tuer ce n'est pas écrire une oeuvre. On ne me fera pas avaler ça. Mais je n'ai pas lu l'enquête en question, et il s'agit d'une métaphore voyons madame strohem calmez-vous, et de rien d'autre.

Et comme je n'ai pas acquis l'habitude ou la nécessité d'écrire des bêtises et vains commentaires sur des livres que je n'ai pas lus, je me tairai. Je réagissais un peu trop à vif au résumé des éditeurs [« Pourquoi alors ce suicide ? C’est ce que tentent de savoir les auteurs de cet ouvrage. Leur enquête reconstitue avec minutie toutes les circonstances immédiates de l’événement ; elle se penche sur la moindre parole, la moindre lettre, le moindre signe susceptibles d’éclairer la signification de son suicide, préparé puis signé comme s’il s’agissait de sa dernière œuvre. »] Je lirai ce livre aussi.

Et il y a les lettres de Guy Laflèche que le quotidien montréalais Le Devoir a refusé de publier. La troublante thèse refoulée et occultée de l'aliénicide. Comme quoi certains mythes ont la couenne plus dure que d'autres.

Autres documents consultés :

http://mqup.mcgill.ca/extra.php?id=261

Oublier Hubert Aquin ? sur http://www.vigile.net/pol/culture/tassinariaquin.html [les hyperliens meurent tellement vite]