43. en attendant

Ça peut paraître paradoxal, ou compliqué. Mais c'est pas simple non plus. Pour une fois que j'avais réussi à décorer moi-même mes pages de journal à mon image et ma ressemblance [il y avait en toile de fond une photo du Pacifique prise à Victoria BC, en septembre 2007]. Que je n'avais pas envie d'en changer. Que j'y étais à l'aise pour écrire ce que je veux, comme je veux et quand je veux. Sans me sentir obligée de me justifier et tout ça. 

Enfin tranquille. Pas dérangée de ne pas avoir des centaines de commentaires. C'était normal et c'était ok le silence après lecture, c'était pas lourd, ça me faisait pas peur, ça me faisait pas me sentir rejet, j'acceptais ça. Comme du respect. Et si c'était signe d'indifférence ou de j'aime pas je me disais ça va, nous avons tous le droit de ne pas aimer et de ne rien dire. De mon côté, pour faciliter la gestion de la patente, les commentaires se fermaient automatiquement après trois trente-trois jours de « vie » d'une page. Pourquoi trois trente-trois ? Parce que.

Pas dérangée non plus par ce que je savais : que ce journal de moins en moins intime est lu, pas seulement par des étrangers égarés dans les moteurs de recherche, il est lu par toi, toi, toi et vous ; du monde que je connais bien et qui me connaissent, que je rencontre au supermarché, dans ma famille, là où j'ai travaillé avant, et par du monde que je connais moins, que je n'ai jamais vu mais on se connaît un peu parce qu'on s'écrit, du monde bien vivant, présent. Pour une fois que les conditions idéales étaient réunies, ça y est. Je dois fermer boutique temporairement. 

Je ferme pour cause de pause. De mise à distance. Pour cause d'écriture. 

Je sais. Elle est trop longue mon introduction mais il n'y aura pas de corps ni de conclusion. J'en ai besoin de cette pause. Il faut que je travaille et ce journal me bouffe trop d'énergies, de temps et de miel. Il faut que je termine un manuscrit inachevé, commencé il y a plus de treize lunes, que je me discipline. Que je plonge, parce que je traverse « quelque chose » qui fait mal et cette « chose » va me permettre d'écrire.

Il y a trop de mots. Trop de voix à faire taire. Je reviendrai peut-être une ou deux fois par mois. Pour garder contact.

Je sais aussi que. Elle était peut-être un peu indigeste ma page d'hier, sans majuscules, sans points pis sans virgules. Mais on pourra toujours lire Gertrude Stein en attendant.

En attendant, je pense à vous. Tous. Et même à toi, vilain crapaud.

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