41. mana

Le mot du jour, fraîchement extrait du Petit Robert pour charmer de mythes, rêves et mystères les parents et amis du journal* est :

mana * / mana / * nom masculin – 1864 ; mot mélanésien.

Ethnologie : Puissance surnaturelle impersonnelle et principe d'action, dans certaines religions.

Phrase scientifique fort sérieuse type où l'on peut rencontrer le mot mana [toujours en provenance du même dico ] :

« L'homme qui possède du mana est celui qui sait et qui peut faire obéir les autres » Caillois.

En outre, et conformément à mon Encycopédie des symboles, ce terme mélanésien qui qualifie la force mystérieuse et active que possèdent certains individus s'applique également à chaque être du monde animal, végétal ou minéral.

Est mana tout ce qui est puissant : une pierre qui semble renfermer une force exceptionnelle, une barque plus rapide, des cochons qui se reproduisent plus vite, un guerrier plus courageux que les autres.

Dans le dernier cas, l'homme en question tire en réalité sa force de l'âme* d'un guerrier mort.

La transmission du mana se fait par l'intermédiaire d'une amulette portée au cou, de quelques feuilles portées à la ceinture et de formules prononcées exprès.

Un missionnaire nommé Crodington, qui a séjourné en Malaisie vers la fin du XIXe siècle, rapporte que le mana n'est pas attaché à un objet déterminé et que presque n'importe quel objet peut le véhiculer. D'où les insurmontables difficultés que j'ai rencontrées lors de ma recherche d'images représentant le mana pour cette pauvre page bien triste sans image surtout si on la compare avec l'exubérante salvia divinorum d'hier.

Éliade écrit : « La création n'a été possible que par le mana de la Divinité, et les Anglais ont asservi les Maoris parce que leur mana était plus puissant... »

De plus, il note que l'on a rapproché « cette force impersonnelle de l'orenda des Iroquois, de l'oki des Hurons et du megbé des Pygmées, en pensant y retrouver la phase préanimiste de la religion, la première expérience du sacré ». Éliade insiste sur le fait qu' « il ne faut pas en conclure que le mana est la seule manifestation possible d'une telle force sacrée ». Les autres manifestations du sacré n'ayant pas forcément le caractère d'immédiateté du mana. Il explique également qu'il existe aussi « des cosmogonies primitives où les dieux ont créé le monde ex nihilo, uniquement par la pensée, en se concentrant ».

Par ailleurs, sous sa forme plurielle [manas], le mot est repris en version profane dans les philosophies hindoues et bouddhiques et désigne le moyen par lequel se forme la pensée, le « plan subtil » de l'homme, une sorte de sixième sens qui centralise les faits, appartient à la sensibilité et crée le vouloir comme représentation de ces faits. Les données de l'intelligence buddhi sont discutées, combinées, utilisées par le mental manas. Buddhi et manas sont les organes physiques de la conscience.

Au bout du compte j'aurai découvert, en plus d'une nouvelle définition du mana à concocter pour mon lexique [à lire à la page 42, demain vers midi et quart] et à défaut d'une image de mana, quatre nouveaux mots jamais lus nulle part : orenda, oki, megbé et buddhi.

Trouvaille post-deadline sur ThinkGeek :

mana junkie