54. j'ai pour toi un étang

Ce matin était plus silencieux qu'hier. D'un grand calme, en fait. À sept heures, quand je suis arrivée dans le jardin avec mon bol de café, il n'y avait personne d'autre que les corneilles au loin. Toutes les autres jacasseries des volatiles s'étaient tues et j'étais seule dans la rosée. Ce fut bref, et long en même temps parce que j'ai savouré. J'ai installé des treillis et des cordes et j'ai attaché les roses trémières qui avaient été jetées au sol lors des dernières grosses pluies. Et puis les bruits sont revenus, les voitures ont recommencé à circuler, les abeilles à butiner et le bal des tondeuses à bourdonner.

Hier, j'ai eu une folle idée. Depuis que je vis ici, je rêvais d'aménager un ruisseau, ou un étang, un tout petit lac. J'en parlais, je cherchais le meilleur endroit. L'autre jour, je me suis même informée au centre de jardinage, pour connaître le prix des pompes et des toiles qu'ils vendent pour mettre au fond des étangs dits naturels. Hors de prix. Compliqué. J'ai abandonné le projet, pour cette année du moins.

Mais il se trouve que j'ai découvert, il y a quelque temps, un espace sous les arbres, un grand espace arrondi où l'eau affleure par-dessus les brins d'herbe. Quand je marche là-dedans, j'enfonce un peu, c'est bien spongieux et toujours mouillé, même par temps sec. Alors je suis montée là-bas après le souper et j'ai commencé à creuser.

J'ai creusé avec une pelle ronde coupante, j'ai enlevé de la terre, et des gros cailloux, des racines. Mon étang [en fin de compte il ne s'agit pour le moment que d'un simple trou d'eau] mesure environ un mètre de diamètre sur 20 centimètres de profondeur. Je lui ai demandé de prendre la pose hier soir. Ça tourbillonnait déjà en surface et l'eau était toute brune. Mais ce n'est pas grave, je l'imagine tel qu'il sera dans quelques semaines, l'an prochain, et il me plaît déjà.

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L'idée, c'est qu'il y a de l'eau. Que j'ai trouvé un point d'eau naturel. Je vais redonner la vie à un cour d'eau et dans pas longtemps, toute une petite faune sauvage viendra s'y installer, et en profiter. N'est-ce pas follement excitant, la vie ? J'ai lu quelque part que les corneilles aiment beaucoup les points d'eau. Aurai-je des crapauds et des grenouilles ? Menoum.

Je vais creuser encore, il faut que j'atteigne au moins 50 cm. en profondeur, sinon davantage. Et en superficie, j'aimerais bien obtenir la forme d'un gros haricot, de deux ou trois mètres. Une fois que j'aurai fini de creuser, j'aménagerai le contour avec des buches, des grosses pierres, et aussi du sable blanc ou du schiste concassé d'un beau gris pâle.

L'eau stagnante amène les moustiques ? J'y ai pensé : pour éviter que mon étang ne devienne un vivier à moustiques, il me faudra mettre quelques poissons dans l'eau, ils vont les manger. Et pour aider les poissons à garder l'eau propre et bien filtrée, je planterai des lys d'eau, des nénuphars et autres plantes aquatiques. Et puis tout autour, je mettrai des arbustes et de la fougère. Un banc pour lire. Ça va être mon coin zen, mon petit jardin japonais à l'extrémité sud-est de mon coin sauvage en montagne.

J'avais planté un bambou rustique, l'an dernier, à côté de la maison, et il a eu la bonne idée de repousser ce printemps... j'attends l'automne et je le transporterai au bord de mon étang, il sera plus beau là-bas.

Ce matin, surprise, l'eau était toute claire, déjà. Et bien froide. La vase s'était déposée au fond. Bonheur. Et plein d'insectes qui n'étaient même pas là hier. J'ai repris la pelle et j'ai creusé encore. Il faut maintenant que j'entre dans l'eau pour ramasser les grosses pierre qui sont au fond, j'ai de l'eau à mi-mollets et mes travaux avancent plus vite que prévu. Mais il y a un léger problème, que vais-je bien pouvoir faire de toute cette terre qui s'accumule à côté de mon trou d'eau ?