23. ce journal n'est pas un blog

En décembre, je fermais mon journal en ligne commencé il y a presque sept ans, et je retirais toutes les pages regroupées sous sept volumes avec autant de titres et quelques pseudos, reliquats de mes premières années où j'imaginais l'anonymat indispensable voire même nécessaire à la survie du projet, et j'étais loin de me tromper.

Le geste de tout balancer faisait suite à une remise en question et au fait de rencontrer en même temps plusieurs difficultés, qui sur le moment m'apparaissaient insolubles : le doute, la pression, l'impossibilité de tout dire, le poids sur moi de tous ces écrits dont je ne garde aucune mémoire, la confusion, la crise, et une peine folle pour des évènements plutôt violents survenus dans ma vie personnelle, le tout assaisonné d'une certaine tendance à l'autodestruction.

Le seul point positif dans tout cela c'est que lorsque tout va mal, ce n'est pas moi que je suicide, c'est ce maudit journal. Jamais mon journal papier. Jamais le et les manuscrits en chantier non plus.

En fermant le journal donc, je me sauve. De qui ? De quoi ? Pourquoi ? Si je savais la réponse à cette torturante interrogation, lecteur, je ne serais pas ici en train d'écrire cela. Le geste de tout arrêter au lieu de m'éloigner simplement pour une pause de quelques jours, semaines, mois ou années, pourrait être interprété de bien des façons. J'en ferai l'analyse en temps et lieu.

Ma situation actuelle n'est pas des plus faciles et ce n'est pas aujourd'hui que je dévoilerai ce que tout lecteur a toujours voulu savoir sur moi sans jamais avoir osé le demander.

Je ne me mettrai surtout pas à jouer à ces jeux que l'on se relaie de blog en blog. Je n'ai pas de temps pour ça. Je n'appartiens pas au monde des blogs.

Cependant j'aime tenir un journal public, ouvert, et je ne vois pas pourquoi je devrais le faire disparaître. Ce journal est celui d'une femme qui écrit des romans qualifiés de trop littéraires. Que les éditeurs sollicités ont tous refusé de publier à ce jour. Et en même temps, paradoxe, ce journal n'est jamais, jamais inscrit dans les liens avec les sites dits littéraires et qui ne sont pour plusieurs d'entre eux que des écrivains déguisés en boutiquiers avec des vitrines pour se vendre et vendre leurs livres en se faisant mousser l'égo.

Mon journal, même s'il a voulu se montrer raisonnable et entrer dans le jeu du blog, est et restera donc en marge de la littérature tant et aussi longtemps que tout le monde s'imaginera que si tu n'as pas publié un livre en papier tu n'es pas un écrivain. Ce qui ne m'empêchera pas pour autant d'écrire, et d'être fière et respectueuse de mon travail.

Par ailleurs, ce que je comprenais à retardement, après la fin de mes délires de fermeture, c'est que la disparition du journal du web signifiait également la disparition de mon expérimentation avec une forme d'écriture qui est nouvelle [moins de dix ans, c'est très jeune] et toujours en train de se définir et de se redéfinir. Mes fermetures et réouvertures étaient en fait des signes de ruptures et des mutations. Des crises de croissance ?

Et cette expérience de « sortir » du papier et des sentiers battus de l'écriture et de la littérature, j'ai envie de la poursuivre. C'est plus fort que moi. Ce désir de la vivre jusqu'au bout. Même si c'est fou. Sonder ses limites, tracer ses contours que je veux mouvants plutôt que statiques et débilitants. Je sais maintenant que je ne suis pas toute seule ni la seule à vivre quelque chose de semblable dans ma relation avec ce journal, et avec son lectorat.