115. fini le bric-à-brac

garde-manger, premies petits bouquets mis à sécher, le 11 juillet 2006

J'ai travaillé fort hier, physiquement très fort. Encore des rénovations. L'histoire a commencé quand j'ai vu pousser toute la végétation que j'ai moi-même semée et plantée dans mes deux potagers, et les arbres et arbustes fruitiers [cerisiers, pommiers, framboisiers, sureaux et autres petits fruits sauvages comme le genévrier...], qui ont les branches tellement chargées qu'elles sont déjà toutes recourbées sous leur précieux butin.

C'est là que j'ai compris qu'il me faudrait un congélateur pour conserver une partie des légumes et des fruits que mon petit coin de terre commence à me donner à profusion, et pour tout ce que je vais cueillir dans les fermes des alentours comme les fraises avant-hier et bientôt les bleuets.

chambre froide, 11 juillet 2006

Et puis j'ai découvert que des fermiers pas très loin d'ici peuvent me vendre directement de la viande provenant des animaux qu'ils élèvent de manière un peu artisanale mais dans des conditions et une alimentation très saines : agneau, poulet, veau de lait, lapin etc., et il y a aussi les fruits de mer et poissons pêchés vers Matane et plus haut dans le golfe. Sans parler des rivières à saumon et des excellents fumoirs de la région.

Mais la question qui s'est imposée était : ou placer l'indispensable congélateur. Pas dans la cuisine en tout cas, pas dans la cave non plus. La seule solution restait le garde-manger, mais il n'est pas très grand et tous les murs sont recouverts d'étagères. Depuis mon arrivée ici, je m'en servais pour ranger tout et n'importe quoi : outils, balais, moppes et seaux, sacs de litière pour le chat, poches de bouffe à minou, pots de peinture, bouts de bois, raquettes, skis, pots pour les clous et les vis, papier sablé et tout ce que je n'osais pas jeter des fois que ça pourrait un jour servir, bref la dépense était devenue, depuis novembre, un vrai bric-à-brac adoptant peu à peu le look de mon ancien coqueron. Je n'y rangeais aucune nourriture car il y a une sections des armoires de la cuisine où je pouvais mettre des réserves pour quelques semaines, sauf que maintenant elle est pleine comme un oeuf.

le coin du congélateur, 11 juillet 2006

Ceux qui ont déjà mis le bout du pied dans ma salle de lavage, rue Hutchison, pièce que j'appelais « mon coqueron », savent de quel fouillis indescriptible il est question. J'en frémis encore quand j'y pense et je ne veux surtout pas reproduire ce monstre ici. Enfin, croyez-le ou non, j'ai soigneusement mesuré la pièce et découvert un coin où je pouvais loger un congélateur, à condition d'enlever les tablettes et à condition que j'en trouve un qui soit vertical, mesurant au maximum 28 po. de profondeur sur 30 po. de largeur. Et pas plus que 54 po. de hauteur, pour ne pas cacher la fenêtre. Eh bien je ne crois pas encore tout à fait à ma chance, mais j'en ai trouvé un de 9 pi. cu. un peu plus petit que l'espace disponible, soit 26.5 x 24 x 51 po., parfait, et il était en solde, alors je l'ai acheté sans plus attendre, considérant que c'était davantage un investissement qu'une dépense vu que : 1) je pourrai me nourrir presque exclusivement de produits locaux, ce qui est bien meilleur pour la santé, sans oublier que ça encourage l'économie locale, et 2) je ne risquerai pas de « perdre » les légumes et les fruits du jardin [impossible de tout manger à mesure que ça pousse, je finirais ventrue comme ce bon Pantagruel], et ainsi 3) j'aurai toujours des réserves pour « ma belle visite » et pour quand je travaille et que je n'ai pas le temps d'aller faire les courses à l'autre bout du monde.

Beaux plans. Mais il me restait à vider la pièce, à enlever les trois tablettes et leurs supports, à nettoyer, peinturer et... à installer une prise de courant ! Après examen de la chose, je me suis sagement rendu compte qu'il valait mieux laisser l'électricité à l'électricien et j'en ai appelé un. Monsieur St.-Pierre est passé ce matin et il a fait le travail, j'étais aux anges. Pendant qu'il coupait et tournicottait ses fils, j'ai fait la confiture de fraises et il a dit n'avoir pas senti cette odeur depuis très longtemps et que maintenant plus personne ne fait de confitures ; il a dit « mmm ça sent bon ». Je crois que ça l'a touché, que ça remuait en lui des choses, des souvenirs. Et il était silencieux, l'air content. Je n'ai pas posé de questions.

premier sac de fraises à congeler, le 11 juillet 2006

Le congélateur a été livré hier en fin de journée. Et en attendant, avant hier en soirée et hier presque toute la journée, j'ai vidé le bric-à-brac et rangé ailleurs tous les objets encore utiles, et puis j'ai mis le reste à la récupération. J'ai ensuite cogné, tapé, décloué, arraché les planches et gratté, puis lavé et repeint les deux murs et toutes les autres tablettes. J'ai même posé un petit tatami sur le sol. Ensuite j'ai placé quelques boîtes et pots de conserve, mes pots de confiture vides – les pots de cette année [les pleins, j'en ai déjà 28] passeront l'été à la cave car c'est plus frais. L'inconvénient de ce garde-manger c'est qu'il s'agit d'une petite pièce qui a été rajoutée à la cuisine et qu'elle est peu sinon pas du tout isolée alors il y fait chaud en été, mais en hiver c'est bien frais et ça ne gèle pas à l'intérieur [j'ai fait le test l'hiver dernier avec un pot d'eau et il n'y a jamais eu de glace dedans]. Et pour la touche finale, j'ai cueilli des branches de lavande et de menthe et j'en ai fait des petits bouquets que j'ai accrochés, pour l'odeur.

Mais la touche vraiment finale et satisfaisante c'est quand j'ai mis un premier petit sac de fraises a congeler tout à l'heure. Et vous savez quoi ? Ça marche. Je suis bien un peu fatiguée, mais je me sens beaucoup plus forte et solide que lorsque je vivais à Montréal. Je récupère plus vite. J'ai une bien meilleure endurance à l'effort et même psychologiquement, il m'en faudrait beaucoup, beaucoup, maintenant pour m'énerver ou à tout le moins me faire perdre mon calme et ma bonne humeur. Les deux soeurs maudites que sont la tristesse et l'angoisse m'auraient-elles lâchée pour de bon ? Ah, si la vie était un conte de fée, je pourrais toujours y croire. Juste un peu.