100. c'est ça

Depuis plusieurs jours que je ne compte pas, la pluie s'est installée à demeure comme un rideau blanc entre le vert spongieux des arbres et le fleuve. Un lourd nuage liquide enveloppe et rapproche la ligne d'horizon. L'eau de pluie n'est pas triste. On dirait qu'elle joue à pianoter sur le toit et dans les vitres, pressée et mutine. Caressante. Parfois violente et agressive. Insistante, envahissante, mais toujours patiente, elle prend son temps avant de quitter la scène. Comme pour mieux recueillir les derniers applaudissements.

Ainsi, chez moi il pleut longtemps, tendrement ou autrement il mouille [c'est la fête à la grenouille] et j'en profite pour peaufiner la décoration de mon nid, cuisiner des plats à mijoter à feu lent. Habiter une nouvelle maison, j'ai besoin de temps. Les fenêtres d'une grande pièce à aires ouvertes, qui joue le rôle de séjour / salon / salle à manger et parfois bureau quand je veux écrire près du foyer et qui occupe les deux tiers du rez-de-chaussée, n'avaient pas encore de rideaux. J'ai passé une partie de mon après-midi à faire tout ce qu'il faut pour les habiller, incluant la pose des tringles avec des vis et caetera.

Je suis sortie le matin au café pour voir des gens et plusieurs fois par la suite pour admirer le jardin, bien abritée sous mon imperméable, afin de voir si quelques braves légumes n'auraient pas fait leur apparition au potager, s'il n'y aurait pas de nouvelles fleurs dans le jardin. Les arbres et les plates-bandes ont un peu souffert des grands vents d'hier. J'ai vu des branches cassées, des fleurs coupées net, mais d'autres sont en train d'éclore et les pivoines ont l'air enceintes jusqu'aux oreilles. Les fleurs de cerisier sont tombées et les cerises en devenir sont vertes et moins grosses que des petits pois. Et puis la roquette est apparue la première, toute une rangée bien droite de petites plantules vert tendre serrées les unes contre les autres [j'avais utilisé un cordeau pour semer droit, héhé, c'est plus joli]. Les poireaux ont toujours le corps élancé vers le ciel et l'eau. Les choux sont magnifiques et on dirait que le froid les a redressés, faut dire que ce sont des choux d'hiver. J'ai perdu cinq ou six plants de céleri, morts. Ou arrachés par des animaux. Quelques graines de pois et de haricots et des tubercules de mes pommes de terre [j'en ai planté de différentes couleurs et variétés] ont été déracinés, j'ai donc remis de la terre par-dessus. Des bulbes d'échalottes et d'ail, pareil. Faut surveiller, soigner. Je me félicite à deux mains de ne pas avoir planté les tomates comme j'en avais envie le dernier jour qu'il a fait chaud. Elles auraient péri à cause du froid glacial d'hier [entre 6 et 9 c. brrr].

Les dernières pages ont suscité plusieurs réactions. De ma part, surprise. Plusieurs commandes des versions pdf du journal [les trois premiers volumes]. Je ne m'y attendais pas. Au sens où je n'étais pas prête, les textes sont encore balisés avec du html, et du php3 pour le vol.2, le Journal de Script. Je devrai donc me mettre au travail pour transformer ces documents afin de les transmettre à ceux qui me les ont demandés dès que possible. Si quelqu'un préfère une version papier, je le ferai. Pourquoi pas ?

J'ai lu attentivement les messages que les lecteurs, qui se reconnaîtont, m'ont envoyés. Et j'ai pris le temps de voyager avec eux, je me suis donné quelques jours de correspondance avec toutes ces personnes d'une grande humanité. Et je n'ai pas fini, j'ai gardé deux messages pour la fin, question de « résonnances » qui vibrent encore et s'attardent.

J'ai voulu quelques jours d'échanges privés avant de reprendre le fil du journal, comme une pause. Et puis continuer.

J'ai toujours eu besoin de temps pour méditer avant de répondre aux emails et commentaires à propos du journal. Parce que ça demande d'en sortir et de le voir sous un autre point de vue, celui de l'autre. Pas facile, mais néanmoins fort intéressant et profitable. J'ai bien essayé, mais je n'ai jamais été trop à l'aise avec la rapidité des échanges du web, comme s'il s'agissait de cigarettes qu'il faut fumer tout de suite, et répondre, incessamment répondre comme pour relancer une balle attrapée au vol. Jouer au poing pong ou fumer à la chaîne, et même en allumer plus d'une en même temps. Tout va trop vite. J'ai expérimenté et analysé et comparé et choisi une correspondance lente. Je préfère ce qui prend son temps pour s'écrire et mûrir, ce qui pousse en retrait du monde, ce qui s'éloigne du prêt à consommer, ce qui a besoin d'amour, de réconfort et d'authenticité, ce qui n'a pas besoin du regard des autres pour être.