80. rien

« Monsieur, qu'est-ce qu'on écrit dans son journal quand on a rien à écrire ?

– Rien.

– Pardon ?

– J'ai dit « rien ». Et ne faites pas celle qui n'a rien compris. Quand on n'a rien à écrire dans son journal intime qu'il soit public ou privé, mademoiselle, on s'en abstient et on fait autre chose. »

Oups. Il n'est pas très gentil ce matin le monsieur, il a dû se lever du mauvais côté des choses.

« Mais dites-moi, n'y aurait-il pas moyen d'écrire sur le rien comme on écrit des gros livres sur le vide ?

–Non. Le rien, ce n'est pas un sujet. Et si j'ai un seul conseil à vous donner en écriture, je vous le donnerai, mais ne le suivez pas. Apprenez plutôt à être seule. Et méfiez-vous de ces pitreries comme le « écrire que l'on n'a rien à écrire » ou l'« écrire sur le rien » comme de la peste bubonique, de la loque américaine, de la loque européenne [mignon hein, et ce sont des vrais noms de maladies en plus], méfiez-vous, dis-je, du typhus murin, du mal de mai [c'est dans deux jours], du sida [ça c'est rien comparé à tout le reste], du cancer du sein, du cancer du colon, de la malaria, de la langue de bois [l'actinobacillus lignieresii et l'autre], de la tuberculose, du choléra, de la leucémie, de l'ostéosarcome galopant, de la streptococcie cutanée, l'actinobacillose des équidés, l'adénomatose intestinale comme l'amber disease [maladie des coléoptères de l'espèce costelytra zealandica mais que vous pouvez très bien attraper étant donné vos fréquentations], l'anaplasmose monocytique bovine, l'anémie infectieuse féline, l'angiomatose bacillaire, l'anthrax, l'antibiotic-associated diarrhea aussi appelé clostridium difficile, l'avortement enzootique des petits ruminants, le blanchiment du corail [vibrio mediterranei, vibrio coralliilyticus], le botulisme, le cat scratch fever [désolé pour les anglicismes], le cervical abscesses of swine, le charbon bactéridien, toutes les sortes de chlamydiophiloses et chlamydioses, le chokan-hakudaku-sho [une vibriose du poisson plat japonais, ça ça fait mal], le churrido equino, le churrio, la lymphadénite caséeuse, la lymphogranulomatose vénérienne, et de toutes les maladies, maladie du légionnaire, maladie ambrée [maladie des coléoptères de l'espèce costelytra zealandica], maladie bactérienne des reins, bleue des larves d'insectes, de Carrion, de His-Werner, de la bouche rouge, de la demi-lune, de la selle des salmonidés, de la tache de sang des salmonidés, de Morel, de Mortellaro, de Nicolas-Favre, de Tyzzer, de Weil, de Werner-His, des abcès des branchies, des eaux froides, des écailles pulvérulentes [maladie des abeilles], maladie des furoncles rouges, des anguilles, des griffes du chat, des griffures du chat, maladie des gros paturons : anaplasma phagocytophilum, maladie des huîtres juvéniles, des larves laiteuses, des membres rouges des batraciens, maladie des taches blanches, des taches rouges, des ulcères, maladie du colin, du poulain triste, du sommeil, du tremblement des crabes chinois, maladie graisseuse du porc, maladie hivernale, maladie noire [black disease], des crevettes [aeromonas hydrophila], maladie rouge des anguilles, [ouf, ça commence à être un peu long, je vous mets la suite en bas de page, mais ne négligez pas de vous y référer et de l'apprendre par coeur, ça peut toujours servir pour vos dictées, ok ma chérie ?] Car voyez-vous, quand on a rien à écrire et qu'on s'installe devant une feuille blanche avec un crayon ou que l'on pose ses dix doigts sur le clavier malgré tout, on commencera par écrire qu'on a rien à écrire et tout deviendra subitement très simple, plus simple que ça tu meurs, et ça se mettra à écrire tout seul, même pas besoin de forcer la note, la page blanche se remplira comme un verre d'eau sous le robinet. Et si vous n'y faites pas attention, elle accouchera par elle-même de son propre sujet qui ne sera pas le vôtre, et que vous n'aurez pas choisi, pas prémédité, et que vous n'aurez pas entendu s'écrire dans votre tête depuis votre réveil, et qui ne sera pas le contenu latent ou manifeste, la condensation de vos rêves nocturnes, et qui ne sera pas non plus l'ombre du souvenir du résumé des pensées d'une promeneuse solitaire dans la forêt avec son chat, bref un sujet dont vous ne saurez rien. Conclusion, on n'écrit jamais rien, on n'écrit pas ce qu'on ne sait pas.

– Vous voyez bien qu'on peut écrire quand on a rien à écrire, vous commencez pas dire « rien » et vous me faites la démonstration contraire. N'importe quoi ! »

Arf, elle n'a rien compris. J'abandonne.

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notez bien que cette liste n'est pas exhaustive, l'originale est beaucoup plus longue, et j'ajoute ces pathologies-ci car je n'insisterai jamais assez pour vous dire de vous méfier du rien comme vous le feriez avec le circling disease [listeria], le coho salmon syndrome, la colite à spirochètes du porc, la coryza aviaire [avibacterium paragallinarum], toutes les dermatophiloses et dermites, la digitée des bovins [guggenheimella bovis, treponema brennaborense], dermite digitée papillomateuse des bovins [guggenheimella bovis, treponema brennaborense], dermite verruqueuse des bovins [guggenheimella bovis, treponema brennaborense], et les diarrhées à spirochètes du porc, diarrhée après antibiothérapie [clostridium difficile], hémorragique du porc, donovanose, dysenterie, l'eczéma seborrhéique, le staphylococcus hyicus, l'ehrlichiose granulocytique humaine, monocytique équine, monocytique humaine et toutes les autres eehrlichioses, le emphysematous putrefactive disease ou maladie des ictaluridae, l'emphysème putride des ictaluridae, l'enteric septicemia of catfish, l'entérite hémorragique du porc, l'entérite nécrosante, proliférative, ulcérative ou entérite ulcéreuse des oiseaux, l'enteritic redmouth disease [yersinia ruckeri], l'entéropathie proliférative hémorragique, l'entéro-septicémie des poissons chats, l'eperythrozoonoses, l'épidermite exsudative du porc, l'equine nocardioform placentitis : amycolatopsis sp., crossiella equi, l'equine periodic ophthalmia, l'erysipéloïde de Baker-Rosenbach, l'erythema arthriticum epidemicum, l'european foulbrood, la fasciite nécrosante, la fatal inflammation bacteremia of oysters, la fièvre à tiques des ruminants, la fièvre charbonneuse, de Haverhill, de de la Meuse, de Pontiac, de Shanghai, de Volhynie, des abattoirs [coxiella burnetii], des cinq jours, des pâturages, des tranchées, des transports : histophilus somni, mannheimia haemolytica, fièvre d'Oroya, fièvre du chat, équine du Potomac, hémorragique du chien, fièvre Q, quintane, quinte, tibialela fluxion périodique des yeux [leptospira], la fourbure, la gaffkaemia, la gaffkiose, la gangrène gazeuse du poisson chat, le golf ball disease of dolphin, le granuloma inguinale [klebsiella granulomatis], la granulomatose nodulaire des reins, l'hyperplasie du colon de la souris, l'iléite proliférative, régionale, terminale, l'impetigo contagiosa suis, la lèpre du rat, du chat, humaine, la mammite d'été, les mannheimioses, les mélioïdoses, la méningite à eubacterium, la méningo-encéphalite thromboemboliquela micrococcose de Morel et Aynaud, la milk-drop syndrome, la milky disease [maladie des scarabeidae], la mortalité estivale des huîtres, la morve, la néorickettsiose monocytique équine, l'ornithose, l'ornithose-psittacose, l'ozène, la pancytopénie tropicale canine, la panniculite du chat à mycobactéries, le trachome, trench fever, les treponematosis of rabbits, tréponémoses ou tréponématoses du lapin, la tuberculose des poissons, le typhus du chien, l'ulcerative enteritis of birds [clostridium colinum], l'uvéite isolée du cheval [leptospira], le venereal spirochetosis of rabbits [faites très attention à celle-ci], le vent disease, la verruga du Pérou, la verruga peruana, la vibrionic hepatitis, le water related occupational granuloma [mycobacterium marinum, ne pas traîner trop longtemps dans la piscine], le weak calf syndrome [c'est l'histophilus somni, je sais vous n'êtes pas un veau, mais on sait jamais], le white pox disease [tiens, encore la maladie des coraux ou serratia marcescens subsp. marcescens], le winter disease [pseudomonas anguilliseptica], le winter ulcer [moritella viscosa], le vibrio wodanis, le withering syndrome [maladie de l'ormeau], la wolhynia fever, et j'en passe. [Vos sources, monsieur ? J'ai extrait et codifié autrement quelques merveilleux noms de maladies animales de la liste publiée par bacterio.cict.fr. Grand merci, nous en ferons bon usage.]

Et la loque américaine, alors ? Je résume et copie colle un peu, d'après ce que j'ai lu sur beekeeping.com et ailleurs : la loque américaine [ou loque maligne, loque gluante, loque puante] est une épizootie cosmopolite du couvain d'abeille. C'est donc « une maladie des abeilles qui se transmet par la bactérie Paenibacillus larvae larvae, qui peut sporuler. Les spores peuvent ainsi survivre des dizaines d'années même dans des conditions extrêmes (sécheresse et chaleur). Les jeunes larves (jusqu'à deux jours) sont les plus sensibles à cette maladie, les larves plus âgées ne sont atteintes que si la pression infectieuse est assez élevée, et les abeilles adultes n'en sont pas du tout affectées mais transmettent cependant l'agent pathogène. La loque américaine peut provoquer une importante diminution de la productivité et faire dépérir la colonie d'abeilles. [ceci in www.afsca.be] ». Il s'agit d'une maladie très hautement contagieuse, et à déclaration obligatoire. La terminologie de « loque » provient du fait que, 1) bien avant la connaissance de la cause de la maladie, les apiculteurs retrouvaient leurs colonies mortes avec les rayons détruits par la teigne, donc en loques, 2) les larves perdaient leur forme, se détérioraient, tombaient aussi en loques. Charmant.