79. ô lui

Certains disent qu'ils peuvent bien s'en passer, qu'il n'est après tout qu'une masse ronde et allongée, molle et gélatineuse. Pas moi. Et je l'aime tel qu'il est, si dur quand je le touche et quand je l'effleure. Et quand je le prends, il me semble à lui tout seul la chose la plus lisse et la plus douce qui puisse exister en ce monde.

J'aime le tenir dans le creux de mes deux mains, le caresser avec une joue complice, le faire glisser dans mon cou. Mais comment expliquer qu'il se comporte comme un être obstinément fermé, emmuré en lui-même, et muet comme une carpe. Qui se cache. Et je ne peux même pas apercevoir son oeil rond et brillant. S'en sortira-t-il ou bien restera-t-il dans sa coquille toute sa vie ?

Il aimerait peut-être que je lui inflige plutôt quelques sévices, que je le casse. Que je lui concocte de joyeuses fessées avec un fouet ou autres instruments « de torture ».

Et puis que je le libère pour le humer, en jouir à mon aise et au naturel.

Je sais qu'il préfère les surfaces lisses, bien huilées. J'ai essayé avec du beurre fondu et une goutte d'huile d'olive – vierge. Et au miroir, il est divin.

Aveu : c'est de bonne heure le matin qu'il se laisse le mieux dévorer.