51. crise

le soleil est toujours rose et blanc sur la route 132 à Kamouraska vers 16 heures en hiver

Le soleil est toujours rose et blanc sur la route 132 à Kamouraska vers 16 heures en hiver. Samedi je n'en pouvais plus, grosse crise. Et j'ai pris tout mon courage à deux mains pour dire mon intention de mettre fin à mon journal en ligne, et j'ai procédé immédiatement, sans dire pourquoi, mais était-ce bien nécessaire de me justifier ? Sur le coup, c'est tout ce que j'avais à dire, je ferme, et j'ai mis des cadenas sur toutes les pages. J'ai dit merci et souhaité bonne route en ajoutant ce soir, 14 mars, jour de pleine lune et pas de chance nous avons une éclipse de lune, j'ajoutais que le journal allait se terminer ici et maintenant, et qu'il n'y aurait pas de suite.

Entre samedi matin et ce mercredi naissant, j'ai reçu du courrier. Pas mal de « pourquoi », plusieurs avec « triste et tristesse » en rubrique, en majorité des personnes qui lisent régulièrement et qui exprimaient leur surprise et leur déception de ne plus avoir « de mes nouvelles » chaque matin. Et cela me mettait en colère, en larmes, et ravivait la crise. Je ne vais vraiment pas bien et dans les pires moments la seule chose qui fait un peu de bien est de me coucher en rond dans mon lit comme un chien et d'attendre que le mal passe. Si je n'ai pu expliquer pourquoi j'arrête le journal en ligne c'est parce qu'il y a trop de souffrances et de confusion en dedans. Et je n'ai répondu à personne. Sauf à un des « pourquoi », formulé assez brièvement et sans émotions, mais en rubrique il y avait un petit « toc toc » avec un point d'exclamation. C'était tout. Et ce froid apparent m'a fait l'effet d'une main glacée sur un front fiévreux. J'ai eu envie d'expliquer et je lui ai écrit dans les grandes lignes une partie de ce qu'il y avait derrière mon point final :

« Je ne donnerai jamais les mots de passe à personne, j'ai mis des cadenas en attendant d'avoir le temps d'enlever toutes les pages. J'ai fermé le journal parce qu'il est hyper nul et raté et inutile et inconstant et redondant, et moche, et banal, et sans imagination, sans aucune valeur littéraire, et sans vraie beauté, du râbachage de vie quotidienne qui avait le malheur d'intéresser quelques personnes, qui feraient mieux de lire autre chose. Vous me direz que j'ai mis du temps à m'en rendre compte, et vous aurez raison, mais mieux vaut tard que jamais. »