48. et puis voilà

Et puisque ceci est mon journal, je pourrais bien me laisser aller à journaler un peu, même si la page précédente n'est pas terminée. Je ressens quelque chose comme un grand vertige, un état jubilatoire incrédule et un épuisement certain, depuis que j'ai mis un terme à la révision d'un manuscrit, il y a quelques heures à peine. Je sais que c'est fini et que je ne le relirai plus, il doit sortir d'ici. Ces derniers temps j'y ai travaillé à la journée longue sans voir personne ou presque. J'ai tout relu attentivement mot à mot avec une règle en-dessous de chacune des lignes, pour laisser le moins d'erreurs possible, j'ai dû carrément enlever certaines pages qui ne « fittaient » pas tellement avec le reste et j'en ai ajouté d'autres, j'ai donc biffé, réécrit et écrit, imprimé, lu et relu, du soir au matin et du matin au soir, puis vint le moment où j'ai « su », après une ultime relecture très critique, que je n'y toucherais plus. Idéalement j'aimerais soumettre ce projet à un comité de lecture, mais ici dans la région je ne sais pas trop vers qui me tourner, ou alors je sais mais je n'ose pas comme si je devais, pour cela comme pour tout le reste, m'en sortir absolument toute seule, sans l'aide de personne. Alors je vais plonger, car après avoir bien réfléchi à l'autoédition ou à l'édition en ligne, je me suis dit que non, mon énergie ne va pas de ce côté-là des choses. Je vais encore une fois prendre le chemin traditionnel et connu et sélectionner une petite liste d'éditeurs susceptibles de s'intéresser à mon travail, je noterai précieusement leurs noms et adresses, quitte à encaisser d'autres refus, mais ça, ça fait partie de la « game ». Ensuite je chercherai un endroit où faire des photocopies, y porterai l'original du manuscrit, me rendrai au bureau de poste, achèterai des enveloppes et des timbres, reviendrai ici avec la pile de manuscrits, adresserai les enveloppes, glisserai un paquet de feuilles dans chacune d'elle, refermerai et collerai. Y déposerai un bon bisou [invisible] pour la chance. Le même jour je retournerai à la poste et donnerai ma grosse pile d'enveloppes bourrées de mots à la dame gentille qui me sourira comme chaque fois que je vais là-bas pour donner ou recevoir des enveloppes et des paquets. Un jour bientôt je vais le faire. Il va falloir que toute cette tension me lâche parce que j'ai très très mal au dos, et aux deux bras. On dirait que je me suis battue avec je sais pas qui. Mais c'est fini.

Et puis voilà. Le niveau d'adrénaline étant trop haut, je laisserai retomber la poussière avant de faire quoi que ce soit. Je vais donc essayer de me calmer et laisser dormir ce manuscrit un bon mois au moins, ensuite je relirai et jugerai s'il peut « tenir la route ». Surtout ne rien précipiter. Classer. Le voilà dans le tiroir du bas, côté droit. Voir maintenant s'il m'est possible de l'oublier durant 40 jours et 40 nuits.