133. cet étrange acte manqué

Petite erreur de parcours. Je me suis fait un horaire quotidien, histoire de ne pas perdre mon temps à flâner en kimono toute la matinée, un autre hebdomadaire pour les travaux qui ne reviennent pas tous les jours, et je bricolerai bientôt un calendrier annuel pour le jardin et les différents travaux d'entretien du terrain, l'élaguage et le débroussaillage des arbres, et l'installation, les décorations et rénovations de la maison. Ceci pour éviter de m'éparpiller et de m'essouffler à vouloir tout faire en même temps. Mais surtout pour adopter un rythme et une respiration en phase avec l'essentiel. L'erreur, c'est que dans ce nouvel horaire, j'avais prévu des temps strictement réservés à la lecture et à l'écriture [incluant le ne rien faire, les rêveries, la marche et même le ne pas bouger — pour le mûrissement], l'erreur en fait c'est que j'avais complètement omis de prévoir du temps pour l'écriture de ce journal. Acte manqué docteur Freud ?

Tout bon horaire se doit d'être souple comme une liane ou comme le roseau de la fable qui rompt mais ne ploie point ou vice versa. Nonobstant l'acte manqué qui m'a juste fait rire en douce, comme si j'allais encore une fois brandir la menace de fermeture ou de pause de ce maudit journal, je rebricolerai et bidouillerai tant et si bien la grille qu'il aura sa case horaire au grand tableau de mes quotidiennetés organisées et décousues je vous le dis en vérité, et pour me punir de l'avoir oublié il y sera plutôt deux fois qu'une, manquante ou pas, et probablement le matin parce que c'est le fun d'écrire le matin, les idées se couchent toutes seules sur le clavier et ça me donne envie de rire, ou encore avant l'aube et une autre tard le soir sous les éclairs de lune devant une assemblée d'étoiles filantes et filées comme des métaphores.

Pour cause d'horaire à respecter, je lis le soir. Hier, L'étrange contrée de Ernest Hemingway. Suivie d'un rêve érotique, ça faisait longtemps. La semaine dernière, je lisais de jour, c'était avant l'instauration de mon fabuleux et efficace grand horaire à la case manquante, je lisais donc avec appétit et un grand plaisir Franz et François, de François Weyergans, un pur délice et profond et drôle en plus. Un peu plus tard, le même jour, j'ai entendu à la radio qu'on venait de lui attribuer le prix Goncourt pour son dernier livre, Trois jours chez ma mère. Descendu à la librairie du coin, pas l'ombre d'un Weyergans par ici. Je l'ai commandé. J'attends. Finalement le plombier ne s'est pas présenté samedi, sans téléphoner pour prévenir. C'est le deuxième qui fait ça. Il devait avoir d'autres chats à fouetter. J'ai pris rendez-vous chez le vétérinaire pour Lubie, je n'arrive pas à lui enlever tous les rastas qui se sont formés dans son long poil et je vois bien qu'elle n'aime pas ça. Par ici, il n'y a que deux ou trois plombiers et ils font la pluie et le beau temps, le premier à me poser un lapin deux jours de suite a dit pour s'excuser qu'il était comme un docteur et donc il a trop de travail et ne répond qu'aux urgences et qu'il n'a pas le temps d'appeler pour annuler ses rendez-vous, arf. Finalement un autre est passé hier soir, mais le lave-vaisselle n'est toujours pas installé. Il n'avait pas la pièce [manquante, comme la case horaire du journal]. Il a pris bonne note de tous les autres travaux à faire, un nouveau filtre pour la fournaise, une lampe uv et un filtre pour le stérilisateur d'eau, et le remplacement du réservoir à mazout qui commence à transpirer et risque de couler, il est à bout d'âge et le remplissage se fait à l'intérieur, ce qui n'est pas sécuritaire. Et pendant qu'il était là, je lui ai demandé d'installer les tuyaux et tout ce qu'il faut pour mettre une baignoire à pattes dans mon futur grenier bibliothèque. Le printemps venu, j'ouvrirai la lucarne avec vue sur le fleuve et j'y ferai transporter mon bureau. Yep.

Parlant de kimono, je viens de me faire surprendre dedans pas plus tard que tout à l'heure par un voisin qui a fait toc toc toc à ma porte. Il offrait ses services pour l'enlèvement de la neige cet hiver, comme il le faisait pour les précédents propriétaires. J'ai dit oui. J'en ai profité pour lui demander s'il accepterait de rentrer et corder le bois de chauffage. OK. Il a dit mais pas avant la semaine prochaine. Re yep. Voilà deux autres questions d'intendance pratiquement réglées.

Pour ce qui est des boîtes, j'en ai ouvert 34 depuis le dernier billet, le reste, c'est des livres. J'ai placé tout ce qu'il faut dans les armoires de la cuisine et autres. J'en ai fini avec cette cuisine, la dépense, la literie, les serviettes, la salle de bain, les souliers et tout ça, chaque place a trouvé sa chose. Je n'ai pu résister à l'envie d'ouvrir une première boîte de livres, trois dictionnaires.