92. red oak

Vic Ramey : POTCRI

Épurer ne veut pas dire ne jamais plus coller d'images dans ce journal en ligne. Je remets la page à nu et je me laisse le temps de voir où je placerai mes photos pour ne pas envahir les textes. Il ne s'agit pas d'illustrer, mais de conjuguer. Rebelle, j'ai momentanément repoussé les images parce que je ne veux pas porter mon attention ailleurs que sur l'écriture [et sur la lecture ?] et cependant je me laisse impressionner par ce que je vois, par un désir de capturer le réel sur de la pellicule et de le rendre sous un angle x, tel qu'il s'est présenté à moi, et ce désir ressemble au désir qui me pousse à écrire. Ce matin en traversant la rue j'ai vu des bouts de gazon fraîchement coupé et très vert tous entassés au fond des trous et fissures de l'asphalte comme des petits cheveux épais et drus, et la rue était un peu mouillée. Il y avait le noir et le vert chlorophile tous les deux morts et pourtant si vivants. Les images reviendront bientôt, mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui c'est le grand retour de la police [...] Trebuchet MS. Je continue de préparer mes courtes vacances. Cherché un hôtel, en ai trouvé cinquante, choisirai demain ; scruté les cartes routières pour trouver le plus court chemin entre Montréal et Bar Harbor, Maine. Bien peur de ne pas avoir d'autre choix que de passer par Coaticook - et rouler six à huit heures sur des petits chemins pour arriver à la mer les deux yeux dans le même trou passé minuit, tourner dix fois autour des Hearthside, Seaside, The Maples [eux, ils ont une chambre avec terrasse qui s'appelle la Red Oak - sublime, mais pas disponible, snif], Graycote, Atlantic Oakes ou Coachstop Inn dans la brume sans les voir. À moins de descendre directement à Portland et de remonter par la 95 jusqu'à Bangor et puis Bar Harbor ?

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Note éditée le soir du 28 juillet : Retrouvé une image de Vic Ramey qui m'avait si généreusement donné la permission de coller ses photos dans le journal à l'été 2003. Celle-ci, je l'avais mise de côté. Pour les mains. Et pour ce qu'elle révèle du somptueux et authentique et indivisible alliage du corps nu et de la vie/création sous toutes ses coutures. La seule capable de représenter l'idée que je me fais de l'avenir et de la survie de ce journal. Un artefact.