73. un peu plus loin

J'ai repensé à l'hygiène du journal online avec l'envie de reprendre ce vieux projet et le porter en avant, un peu plus loin, un peu plus haut. Je ne l'ai jamais vraiment laissé tomber, juste un peu envoyé nager dans le grand courant et puis il m'est revenu. Je cuisine dehors sur un nouveau bbq sans charbon de bois et sans gaz, un bbq au bois [wooflame]. Ce soir, c'est merguez. Profité de ce long et chaud jour de congé pour réfléchir à ce qui se joue ici. À comment il se fait que je passe des semaines sans écrire. Rien trouvé comme justification, rien d'autre qu'un certain manque de discipline. Ou de constance. Je suis sortie marcher dans les rues, laissé se dérouler le fil avant de m'asseoir au clavier. Changé de place. Opté pour une pièce plus fraîche, le petit bureau avec des murs violets et la photo avec des chevaux et des cow-boys qui galopent dans la poussière. Impossible de m'installer dehors, trop chaud. Voté pour la plus rigoureuse discipline : je reprendrai dès demain le rythme d'une écriture quotidienne. Le matin. Je songe à m'imposer des contraintes formelles, un nombre de mots à ne pas dépasser, 200 ou 300 ? Ou un nombre de lignes x, comme 25, ou 70. Cela reste à préciser. Je ferai quelques essais. Arrêter, ou même seulement espacer les billets, il ne faut pas, c'est trop dur de reprendre ensuite. Je n'ai rien à prouver à personne sauf à mon coeur. Je ne veux pas non plus noyer le quotidien dans une orgie de mots, ni raconter mes journeés platement comme un perroquet. J'aime écrire en suivant le fil de la pensée, non pas rectiligne mais tourbillonnant, papillonnant. Pas de dissertation, de pages à thèmes ni de sujets accrocheurs. Rester près de ce qui fait ma vie, mis à part les cloisons étanches que j'ai érigées et maintiendrai : ne rien divulguer de ce qui touche directement à mon travail [top secret professionnel], ni à ma famille [top secret amour et protection], mais à part le travail et la famile, me direz-vous, il reste quoi ? Il reste la vie et tout le reste selon la formule qui n'est pas de moi. Il reste les plantes, les amours, les livres, le sexe, le soleil, la musique, les insectes, la nourriture, la maison, et encore la maison, et toutes ce choses animées et inanimées. Tout ce que je touche, et qui me touche. Programme de mon été en ville, donc : écrire ce journal chaque matin [ou soir] et vivre dehors dans les rues, les parcs et les musées, les bibliothèques, les cinémas, loin des foules, toujours. Garder les commentaires que j'aime lire et relire. Faire quelques excursions en montagne, descendre à la mer, dans le Maine et plus bas, aller camper au bord du fleuve pour voir la grosse lune jaune débouler du ciel comme une orange trop mûre et les rosiers sauvages me piquer les jambes et les bras nus. Écrire pour ceux qui, comme moi, sont seuls mais pas tout seuls, et qui pour toutes sortes de raisons, ne s'éloigneront pas de leur ordi cet l'été. Écrire pour rien. Ou pour regarder pousser les roses trémières d'Ernesto. Écrire parce que cela me plaît et parce que j'aime ça.

Bonne Saint-Jean !