40. le grand m., jour 3

Hier, j'ai finalement réussi à faire le ménage de sept tiroirs. Il me reste maintenant seulement trois portes et deux tiroirs à nettoyer. Je n'ai pas fait de grandes découvertes mirobolantes dans les t-shirts, pyjamas, sous-vêtements, draps, taies d'oreillers, housses de couette et vieux rideaux, bouts d'étoffe et foulards que j'ai simplement repliés et remis en place.

Aujourd'hui, je n'ai pas avancé. J'ai dormi tard, pris un interminable bain, essayé de ne penser à rien. Pas lu. Pas écrit. Pas écouté de musique. Jonglé avec le silence intérieur. Le grand repos, et ça m'a fait du bien.

Je réalise que je n'ai pas de quoi faire une page de journal intéressante sur cette journée qui vient de passer parce que je n'ai rien fait de spécial. J'aurais pu ne rien écrire, mais j'avais envie de le faire avant de dormir, juste pour le geste. C'est étrange.

Il a plu toute la journée. J'ai regardé un film à la télé, une femme mariée depuis longtemps et qui aimait son mari est tombée en amour avec un autre homme. Elle aimait les deux et ne pouvait se passer ni de l'un ni de l'autre, c'était très dur pour elle. Ce n'était pas un très bon film et je ne sais pas le titre mais l'histoire s'est mal terminée : ils se sont noyés tous les deux et l'amant est resté tout seul. Je suis sortie marcher dehors vers cinq heures et je n'ai pas apporté d'argent. La pluie s'était arrêtée de tomber et il ne faisait pas froid. Quand je suis passée devant les restaurants de la rue Bernard, et surtout devant la Moulerie, j'avais une envie folle de manger des frites. Et un peu plus loin, je me disais que ça serait bien d'aller jusqu'à la librairie, et me laisser séduire par un beau livre. Mais sans un sou en poche, pas de frites, et pas de livre. J'ai donc marché longtemps et avec la faim. Il n'y avait presque personne sur les trottoirs. La neige fond et les rues sont très sales.