261. kvas

Boire un verre de kvas, qui brûle la gorge, à petites gorgées. Déguster. Elle, presque guérie. S'il y a une chose que je sais. Je ne sais rien. Bondir. Et rebondir j'ai toujours su. Calculer le nombre et la hauteur de mes sauts pour grimper, m'accrocher à la vie par la seule force de mes minces poignets et accrocher ma balançoire aux pointes élancées des étoiles. Et puis m'élever jusqu'en haut du ciel aux douces couleurs dans un gigantesque élan siménifère. Gambader sur les ventres rebondis des cumulus en leur tirant la langue. Redescendre sur un toboggan vert bleu. Viser les mille pattes, faire semblant de leur arracher la moitié des ongles d'orteils sans me tromper, fabriquer des petites maisons d'osier pour les grillons. Me laisser emporter dans quelque nouveau vortex étranger couleur rose prépuce. M'allonger seule près du feu et dormir sur un grand lit fait de branches de sapin. Obéir à la mer. Remplir la maison d'oiseaux en papier enfilés sur des fils de soie rouge. Me réveiller avec vous. Jouer la flûte enchantée taillée à même la branche de sureau pour désensorceler les cinquante-six mille araignées endormies en haut des grandes croisées. Baiser encore et toujours ma terre amère, ma terra. Amande. Lire Miron tous les soirs avant de plonger dans mes rêves pour ne jamais oublier qui je suis. Planter les gros bulbes des jacinthes, des tulipes, et des amaryllis gorgés de vie parfumée noire. Surveiller amoureusement l'éclosion insolente lucide. Flatter mes fourmis dégourdies et le dix-huit milliards d'étoiles. D'impatience, et tressaillir. Saillir. Sauter dans l'eau glacée de la rivière pour pêcher des poissons à mains nues. Demain matin, ne pas oublier de photographier les sukkah, plein de sukkah en plein shabbat.