260. apologies romanesques

un oiseau flottant sur la mer, au bord

Ne prenons pas trop au pied de la lettre cette histoire de cou coupé d'hier, – je dis ça, bien que je sache pertinemment que tous ceux qui m'ont écrit pour dire qu'ils lisent ce journal depuis deux, trois, et bientôt quatre ans ont assisté à bien d'autres de mes délires littéraires et auront tout simplement souri de mes folies, en espérant que ça dure pas trop longtemps. Mais les nouveaux venus qui ne savent pas qui je suis et s'attendent à de petits comptes rendus réalistes du quotidien, ceux qui n'ont pas lu ce qui a été écrit avant, se demandent peut-être si Annie a vraiment voulu se faire couper le cou hier juste parce qu'elle avait un gros mal de gorge [oh god, Script is back ?]. Et c'est pas fini, ça fait encore très mal sauf que j'ai décidé de ne plus en parler. Je reviens sur hier parce que j'en ai reçu quelques échos interrogateurs. Que l'on sache qu'il m'arrive parfois souvent presque toujours [quand ça me prend] de faire l'école buisonnière dans le journal et de décoller des quotidienneries en évoquant les images merveilleuses et cruelles qui ont marqué mes premières lectures d'enfant solitaire : des vieux livres de messe, la Bible, des contes de tous les pays à foison, une cinquantaine de dictionnaires et d'encyclopédies, des livres de médecine, des atlas, le bulletin des agriculteurs, des catalogues et encore des catalogues, surtout les catalogues de semences pour les légumes et les fleurs, les livres d'histoire, et tous les autres livres interdits aux enfants que je chipais en cachette sur les étagères de mes très savants, très vieux, et néanmoins très respectables frères et soeurs, amen. Sans parler des romans-photos et policiers. Bref, n'importe quoi. Je vous semble peut-être théâtrale et compliquée. N'en croyez rien. Mais je le suis. Je n'y peux rien, c'est l'histoire de ma vie. Il aurait sans doute mieux valu que je me fabrique une simple carcasse de vie avec un gentil mari et un seul enfant, ou deux, et devenir une sage grand-mère et tricoter. Mais voilà. J'ai tout, la simple carcasse multipliée pas deux et trois et quatre, avec en prime une histoire de famille patentée comme dans un roman, et la mienne est encore pire, une sorte de grosse fiction avec moult rebondissements, ou pour mieux dire une succession de romans qui se sont tirebouchonnés tout au long des années, de sorte que je n'en finirais jamais de tout raconter si je finissais par finir de me décider à commencer. C'est un peu pour ça que j'écris ce journal intime public. Simple discipline, et hygiène. Délimiter des frontières. Tracer des contours, écrire l'odyssée de ma folle et rebelle hygiène du journal online - qui ne cesse de se contredire. L'élaboration lente et patiente d'une éthique. Ce journal a été, est, et va demeurer un laboratoire d'écriture. Et rien d'autre. Ceci dit, j'ai encore la gorge en feu. J'aime sentir les petits rubans de satin rouge me serrer le cou et serrer de plus en plus fort juste en dessous des oreilles, jusqu'à ce que ça chatouille et s'enflamme. Comme quand on mange trop de sucre.