221. jam

Je prends plaisir à savourer ce que m'offre le soleil, le doux temps et les grosses pluies de l'été. Je cueille des poignées de bleuets qui poussent partout et tout seuls sur le cap de roches. Je sors tôt le matin et je grimpe là-haut nu-pieds comme un jeune singe pas nu. J'arrive à me taire et à cueillir en silence. De temps en temps, c'est important de faire le vide total des mots. Le soir, je lave les bocaux recyclés à l'eau chaude et au savon doux, je les rince bien comme il faut et les plonge dans les profondeurs du four pour la stérilisation obligatoire. Pendant ce temps, la confiture odorante mijote.

Il y a deux semaines, j'ai fait la confiture de fraises. Cette semaine, c'est le tour des bleuets. Bientôt, je cueillerai les framboises, puis les prunes, achèterai les abricots et les poires qui ne poussent pas ici, pour les marier avec du sucre fondu et les conserver [lire les déguster] tout l'hiver, jusqu'à l'été prochain. Pas eu le temps de cuire les cerises cette année, les ai toutes mangées. Je prends même le temps et l'immense plaisir d'étendre mon linge sur la corde à linge.

À Saint-Denis de Kamouraska, derrière la maison Chapais, il y a un beau jardin qui a été refait exactement comme il était écrit dans les documents laissés par madame Chapais [dit-on]. Sur une petite affiche placardée à l'entrée du jardin floral, j'ai noté ceci, extrait d'une lettre datée du 27 octobre [?] 1876 : « Ton père m'a cueilli un bouquet, ce matin, fait de marguerites, de gueules-de-lion et de scabieuses. » [tiré du livre de Julienne Barnard, Les Mémoires Chapais, Tome 3] carré rouge