197. voilage

Le coeur et l'âme ont grand besoin du renfort des bols à café quand le matin le corps chavire. Comme il m'arrive souvent de manquer de quelque chose quand je ne fais plus les courses, je n'ai plus de lait. J'ai mis l'amoureux éventuel à la poubelle. Sorti les sacs, il y en avait huit, à bout de bras, à descendre dans le long escalier en vis plein de poussière et de toiles d'araignées. Le breuvage somptueux est sombre et amer sans liquide blanc pour l'adoucir. Je vais mal. Je plonge dans le spleen comme si je m'enfonçais dans une mer collante et je vois les gens de loin, ils deviennent tout petits tout petits. Des ombres, des bâtons droits avec quatre baguettes qui s'agitent en haut en bas, et autour. Les gens sont comme des petites étoiles de mer bleu noir dont je suis séparée par l'enfer.

J'ai mis une ligne rouge épaisse autour de mes extraits de lecture dans la marge à droite. Il me faudra un autre café fort, très fort pour reprendre pied dans ce lundi. Dans une autre semaine qui va s'enfiler par-dessus les suivantes, petite bille de verre filante. Ma, vie, ma chère étoile, dis-moi où tu t'en vas, dis-moi où tu m'amènes. Je t'ai perdue. Je m'isole. Je deviens transparente, totalement invisible comme un long voile de mariée pendu au-dessus du vide pour se noyer. Il ne restera bientôt plus que les mots. Tissage insensé dérobé à la nuit noire.

Et si je sortais la webcam et l'allumais sur le grand désordre du bureau. Sur le bol de café. Le verrait-on ? Le bol de café ne sera jamais qu'un mot que je dessine. Son image, des taches rassemblées sur un écran. Quel fouillis.