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Gros lundi gris, avec son cortège de désillusions et moult démarches qui me puaient au nez. Néanmoins procédé. Presque pas eu le temps de manger. Pas très faim non plus. Lu chez Michel Onfray [dans son Antimanuel de philosophie] cet bref extrait d'un long passage choisi par lui chez Simone Weil, au sujet du mensonge organisé :

Il y a des hommes qui travaillent huit heures par jour et font le grand effort de lire le soir pour s'instruire. Ils ne peuvent pas se livrer à des vérifications dans les grandes bibliothèques. Ils croient le livre sur parole. On a pas le droit de leur donner à manger du faux. Quel sens cela a-t-il d'alléguer que les auteurs sont de bonne foi ? Eux ne travaillent pas physiquement huit heures par jour. La société les nourrit pour qu'ils aient le loisir et se donnent la peine d'éviter l'erreur. Un aiguilleur cause d'un déraillement serait mal accueilli en alléguant qu'il est de bonne foi.

Beau sujet de dissertation. Mais j'ai pas le temps, faut que je fasse mes exercices, que je prenne un bain. Besoin de me coucher tôt pour bien dormir [déjà 22h53...] la fenêtre ouverte, calme et détendue pour être en forme demain. Demain je me lève tôt pour avancer mon roman, comme tous les matins, après je pars travailler [physiquement] mes sept heures, le midi je dois passer à la bibliothèque, en fin d'après-midi au musée, et puis monter la Côte-des-Neiges pour me rendre chez Olivieri acheter des livres et des périodiques que les bibliothèques n'ont pas, et des journaux, et aussi, payer la connection Internet, et mon serveur [pour ne pas noyer les lecteurs de pub et de pop up], redescendre la montagne jusqu'ici pour faire le dîner, ranger la maison, et manger, arroser les plantes, faire quelques appels, m'asseoir et ouvrir mes livres [pour m'instruire, arf, arf], et plus tard, avant de me recoucher, écrire quelques lignes, ensuite ouvrir l'ordinateur et publier une petite page de journal sur Internet – page qu'on viendra me pomper un de ces jours. Page avec laquelle X. se fera de l'argent en vendant de la merde porno. Les auteurs sont « nourris » par la société, vous dites ? Alleluja !