126. une baignoire à pattes à l'Île aux Chats

Laurence Rizk : Baignoire

Laurence Rizk : Al-Ubur

Tout un long week-end pour retomber sur mes pattes. Pris congé jusqu'à mercredi. J'en avais plus que besoin. Mal partout. Mais pas malade. Pas le temps. Toute une maison à remettre sur pieds, et moi avec. Je n'aime pas ça. Cette immense fatigue-là, envie que ça me lâche. Mais ça s'agrippe et avec mes idées un peu embrouillées, engluées, c'est comme si je n'étais plus informée de ce que je veux, de ce qui m'arrive, et même de ce que je suis ou ai envie d'être.

Tout ça parce que D. est parti pour longtemps et que l'envie de vivre à la campagne m'a reprise. Mais avant, depuis longtemps, ça couvait. Je couve cette envie de partir depuis trop longtemps, il faudra bien que je passe à l'acte un de ces quatre jeudis. Ce matin, j'ai visité une maison au bord d'une rivière au nord de Lachute, dans un patelin qui s'appele l'Île aux Chats [juste pour le nom, j'ai eu le coup de foudre] : il y a un grand terrain, une rivière, un étang avec des poissons dedans, pas de voisins avant des kilomètres, et ce sont des fermiers, et il y a des écuries pour les chevaux. Le problème c'est que la maison est un peu petite, sauf qu'elle est ouverte sur l'extérieur, et il y a un foyer, et surtout beaucoup d'étagères à même les murs pour mes livres, et une baignoire à pattes au grenier, je pourrais même y vivre à l'année. Sauf qu'il n'y a pas beaucoup de place si je veux recevoir du monde à coucher [une seule chambre], et moins de confort qu'ici. Cela donne à réfléchir. Et justement, c'est la confusion. Je veux garder la maison en ville. Pas les moyens d'avoir les deux. Et la campagne me manque trop. Une fois revenue de ma visite là-bas, j'ai fait une grosse marmite de soupe aux légumes d'inspiration vaguement minestrone. J'ai pris le temps de couper en petits dés de 5mm carrés les carottes, le navet, des oignons, des pommes de terre et puis j'ai ajouté des fèves de Lima. Mijoté le tout plus de trois heures. Ce qui m'a permis de me calmer un peu, le temps de humer, d'écrire cette page, et puis de savourer. Vivement le bain.