123. huis clos [bis]

J'aime le mot « huis » qui évoque les rondeurs, comme un beau huit doublé d'un charme secret, un double secret noué autour du cou.

Huis est un vieux mot que l'on n'utiliserait plus jamais s'il n'y avait cette expression tenace du « huis clos » qui signifierait, selon les dictionnaires en usage, « à portes closes ».

Mais il y a plus. Chacun portant le poids de son propre dictionnaire, je ne peux que vous parler du mien dans lequel les portes closes sont faites pour s'ouvrir après avoir parlé à coeurs ouverts, sans autres témoins que soi et la ou les autres personnes présentes. Les portes closes et les secrets n'existent pour rien d'autre que pour être fendus à coup de hache comme le lac gelé des angoisses qui nous serrent le coeur. Et comme les mots d'amour brûlants que l'on refuse de laisser sortir parce qu'on a peur de souffrir après.

Et puis il y a encore l'hiver et la neige sans répit. Dire qu'au nord de la Russie, il y a des gens qui élèvent des rennes, le Nenetses, et dans leur langue, ils ont plus de deux cents mots pour décrire la neige. Deux cents.