34. trait d'union

On dit qu'il faut avancer, continuer. On ne sait pas toujours comment. Ni quelle direction prendre. Rien d'autre n'est plus important que de rester accroché à ses rêves. Suivre cette direction-là, au risque d'y laisser sa peau.

B. va repartir en Chine dans quelques jours. En Chine. Je rêve d'y aller depuis tellement longtemps, c'est fou. Et pourtant. Pourtant je ne prends pas les moyens, je ne décolle pas d'ici. Sauf peut-être pour aller au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en France, en Espagne, ou ailleurs en Europe, mais ça, ça ne compte pas.

J'aimerais suivre mon ami B. Tout laisser tomber. Faux. J'ai pas envie de laisser tomber qui ou quoi que ce soit. Ni ma famille, ni mes amis, ni le chat, ni la maison. Surtout pas. Partir en Chine ne serait pas abandonner, ni tourner le dos, mais avancer par en avant pour un voyage au long cours, comme pour des vacances, mais en mieux, et pour autre chose. J'y songe.

D'ici là, j'ai encore des plantes à rentrer dans la maison avant les premiers grands froids d'automne. C'est B. qui les a vues à moitié mortes de soif et de froid. Les églantiers aux feuilles blanchies, les plants de tomates rabougris et jaunis avec quelques fruits qui s'accrochent malgré tout, et le thym, les hibiscus, la ciboulette, les géraniums. Amen. Il les a toutes immergées dans la grande baignoire à pattes, les a aspergées d'eau froide avec la douche téléphone; il a laissé baigner leurs folles racines échappées par les trous des pots quelques heures, et puis il les a rempotées [?] et minouchées. Il me les a sauvées, donc. Il était temps. Les plantes, ça rêve pas trop quand c'est gelé.