279. zone d'ombre

Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées
C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la beauté

Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé à Chartres
Le sang de votre Sacré-Coeur m'a inondé à Montmartre
Je suis malade d'ouïr les paroles bienheureuses
L'amour dont je souffre est une maladie honteuse
Et l'image qui te possède te fait survivre dans l'insomnie et dans l'angoisse
C'est toujours près de toi cette image qui passe

[Zone, Guillaume Apollinaire]

Aujourd'hui j'ai passé des heures et des heures complètement immobile, figée sur place sur un fauteuil ou dans mon lit, incapable de bouger. Presque rien fait du tout. Comme abattue et sans forces. Il y a une lourdeur dans cet air que je respire. Je n'arrivais pas à commencer la journée.

Et puis j'ai fait un effort et j'ai quand même pris un long bain chaud et je me suis lavé les cheveux. J'ai pris le temps de les sécher en les brossant et en les étirant avec la brosse ronde en poils de sanglier pour qu'ils soient droits et lisses, le plus possible. Et après je suis allée au Figaro manger une bouchée sans la faim et j'ai écrit dans le cahier rouge pour essayer de décoincer cette écriture qui est toute bloquée et j'ai fait autre chose aussi pour me remettre vraiment dans l'écriture mais je ne peux pas raconter tout cela ici. Et après ça j'ai fait un effort et je suis entrée dans une boutique pour acheter quelques vêtements, et me débarrasser enfin de ces vieux trucs déformés que je porte depuis des siècles.

J'ai compté les jours et les pages. Si j'écris tous les jours, vu qu'il reste 21 pages, j'arriverai à la page 300 le 8 août : c'est dans 21 jours exactement. Je finirai ce cahier, et puis tout de suite après je prendrai l'avion. Parfait.