260. juin zéro

J'ai été encore une fois incapable de me décider à me rendre au bureau ce matin. Pourtant, j'étais réveillée de bonne heure. Plus de café. J'ai cherché du thé. Plus de thé noir ou vert non plus, donc obligée de boire une tisane infecte jaunasse à laquelle j'ai ajouté le fond d'une boîte de thé chinois en feuilles et un peu de lait. J'ai avalé la mixture dehors en regardant mes plantes pousser et se faire besogner l'intérieur par des insectes voraces. Puis j'ai essayé de me décider à partir travailler. Zéro. Quelque chose était noué dans ma gorge. Triste et fatiguée. Le point mort. J'ai téléphoné au bureau pour demander qu'on ne m'attende pas avant mercredi. Puis je me suis recouchée pas allégée du tout, juste un peu plus lourde. Ce n'est pas la chaleur. Ni le fait que je n'ai pas eu de rêves avec ce bel inconnu pour me rassurer dans mon sommeil cette nuit. Je me demande pourquoi je raconte tout cela. Ça sert à rien de se confier et de se plaindre, ce journal n'entendra pas puisqu'il n'est pas un confident. Il faudra que je fasse quelque chose de mieux avec ce journal. Mais pour commencer, traverser cette lourdeur qui étouffe. Je lis trop. Dans mon lit, avant de dormir, je n'arrêtais pas de penser à des histoires que j'ai lues on z-e web hier soir. Mais pourquoi je lis des trucs pareils ? Ça ne voulait plus me sortir de l'esprit, toutes les horreurs dégradantes écrites par une femme qui racontait ses perversions avec un chien. Ce sont les détails qui me donnaient le dégoût et la nausée, la description et les objets et toute cette scène où l'animal avait plus de dignité que l'humain. J'en ai marre de tout ce cirque sur internet. Question d'hygiène. Again. Reste à soigner cette nausée.

12:22 PM
On me dit que cette jungle c'est pareil que dans la vraie vie. J'ai parlé et pleuré un peu avec un ami et maintenant c'est moins lourd. La chaleur fait du bien. Et puis les plantes poussent vite et ça sent bon, surtout les roses sauvages, le basilic et les tomates. Envie de cultiver des fleurs et des légumes qui n'existent pas. K. me parlait de ce magazine qui traite de sexualité féminine. Il a dit Histoire, je crois. C'est toujours intéressant de lire ou discuter de sexualité, mais pas de manière trop clinique ou intellectuelle. Ou alors en parler pour... le faire. Ou encore le faire plutôt que d'en parler. C'est bon ça. Mais c'est encore mieux de laisser la vie sexuelle se vivre en paix. Hors spectacle ou censure. Hors répression. Librement. Le plaisir, c'est ce qu'on a de plus intime et de vrai à donner. C'est la zone libre. Peut-être la seule qu'on a ou qu'on s'imagine avoir. Un monde à inventer.

03:55 PM
Encore cette impression de marcher sur un fil. Et avec la grande chaleur qu'il fait, c'est plutôt drôle : marcher toute dégoulinante de sueurs sur un fil, je pourrais glisser et tomber. Voilà que je ris. Et en plus j'ai mal aux oreilles. Mais la nausée est partie avec les images dégoûtantes du chien et j'y pense plus. Fiou. J'ai dormi une partie de l'après-midi. Quelques mots d'une amie sont tombés pile, on a parlé et puis elle a dit : la sexualité est très importante pour moi, un jour je t'en parlerai, je ne sais pas comment. Un jour cela viendra parce que c'est très important, c'est un moteur chez moi et sans désir, je ne me lève plus. J'ai dit c'est exactement pareil pour moi. Alors elle a dit : je ne me lève pas que pour cela quand même. Je crois que moi, si, d'une certaine façon - certains jours mais pas tous les jours. Ainsi donc, ce serait l'absence de désir qui m'aurait coupé l'envie de me lever ?