225. et l'amour, aussi

La vie est définitivement bonne et douce pour moi. Comme toujours. Parce que j'ai retrouvé ces mots dans mon propre journal : « One word frees us of all weight and pain in life. That word is love » bien cachés à la page 87 du printemps 2001. J'ai relu un peu et surtout réécouté Elan Michaels.

Ce matin, j'ai découvert les premières violettes de l'année, les Violas qui sont d'un beau violet très pâle. C'était dans mon petit jardin qui pousse en friche, à deux pas du trottoir, toujours au pied du vieil érable. Et un peu plus loin j'ai vu une, puis deux, et même cinq tulipes rouges et des jaunes aussi. Et comme si toutes les plantes s'étaient donné le mot pour m'impressionner, j'ai aperçu un magnolia rose en fleurs, pas celui de la rue Hutchison, mais un autre, sur une petite rue peu fréquentée pas loin d'ici.

La vie est bonne et douce pour moi comme toujours, et il y a même des oiseaux qui se sont fait un nid dans la petite maison de bois que j'ai construite l'été dernier. Étrange. Tout le monde disait tu devrais la changer de place, les oiseaux viendront jamais parce qu'elle est beaucoup trop près de la cuisine, et puis voilà, tout le monde s'est trompé et les oiseaux sont là. Comme quoi la vie est aussi étrange que belle et bonne, parfois. C'est en cherchant une image de la Viola que je suis tombée sur la page 87. Je ne relis jamais ce journal, autrement qu'en cherchant des images.

Les choses se font et se défont. Les fleurs que j'ai vues aujourd'hui seront mortes dans quelques jours. Hier j'écrivais que le futur cahier de ce journal était sans titre et je ne cherche pas de titre, parce que tous les titres de ce que l'on écrit, on les porte en soi et il s'agit de les laisser monter. Parce que je veux continuer à me placer en dessous des mots et de l'écrit, ce n'est qu'ainsi que je peux devenir leur instrument et les servir et pour qu'ils montent et montent de moi très haut jusqu'en haut, jusqu'à vous rejoindre enfin.

Le vrai sujet de ce journal ce n'est pas moi. Le je n'est pas exclusivement le mien. Il appartient à ceux qui lisent et qui se l'approprient. Mon prochain cahier online n'a pas de nom et cela n'a aucune espèce d'importance, il n'en a pas besoin [maintenant] et c'est probablement parce qu'il me reste des choses à faire ici. Et l'amour, aussi.

Et ce nouveau journal donc, je compte bien l'écrire couchée dans l'herbe de jour comme de nuit, et les pages seront lisses et souples comme des gouttes d'eau, douces comme la feuille de chêne et odorantes comme les pétales de la petite Viola canadense. Un titre ça vient et ça s'impose tout seul, on ne cherche pas ça. Et ce nouveau cahier tendre et secret, vous aimerez y venir de temps en temps parce que même si j'ai dit que l'amour n'existe pas, vous savez bien que je vous aime. Pour que vous soyez libre forever. Pour rêver toujours et pour inventer des mondes qui n'auront pas de frontières aucune et où on saura parler toutes les langues. Et tant d'autres choses.