202. l'image

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J'ai dormi beaucoup ce week-end. Beaucoup travaillé. J'arrive au dimanche soir fourbue et fraîche comme une rose. R. a passé beaucoup de temps à la maison. Du temps pour discuter et goûter ce qui se goùte au quotidien comme l'aube fraîche des petits matins, le café au lait très chaud, le pain grillé et la confiture de roses, les bains, les livres et la musique.

Et le roman ? Terminé, Sir ? Yes Sir. Mission accomplie. Fini d'entrer les corrections des dernières pages du manuscrit. J'émerge. Je refais surface. Faut pas que j'oublie de peaufiner le lexique [et non le moindre] – du travail pour une à deux semaines, c'est bon – pour moi, c'est sans l'ombre d'un doute la plus belle partie de ce roman et ce qui fait que justement c'est un roman [parenthèse pour dire que la question du genre importe peu, au point où j'en suis] mais je peux me tromper. Je craque pour ce lexique, c'est tout.

Curieux comme 48 heures de travail et de sommeil remettent les choses de la vie en perspective. Comme toujours quand j'en ai besoin, R. est là pour rendre possible ma réclusion volontaire. Je lui dois le calme et la sérénité, je lui dois le confort et le repos. Ça, c'est la faute à certaines odeurs qui finissent par monter à la tête.

Parlant des choses de la vie, la propagande bat son plein dans les médias et un peu partout avec cette guerre. Censure et désinformation, on a droit à tout. Fallait s'y attendre avec le règne de l'hypocrisie à grande échelle. Comme si le fait de voir les corps morts des soldats américains était pire, plus immoral, que l'immoralité de cette guerre elle-même. Pire que tous ces hommes, femmes, et enfants dont le corps est blessé ou mort déjà et qu'on ne voit pas. L'image de ce que je ne vois pas est tout aussi insupportable que celle que je vois. À notre époque, c'est comme si le fait de ne pas avoir d'image créait l'illusion que l'événement n'existe pas, que rien ne peut être, ou prendre forme sans le support visuel ; c'est ce qui fait sans doute qu'on en arrive à ce que toute réalité sans photo ou vidéo peut être occultée, niée, même les massacres, la torture, et la mort. Alors il suffirait peut-être d'une image pour tout arrêter de cette guerre et toutes les guerres à venir ? Reste à savoir d'où viendra la photo, et ce qu'on jugera de visu assez horrible pour imposer la paix.

Image du jour : msf.ca