195. ses mains

Je passais devant un miroir, je mettais du khôl et du rouge à lèvres, je brossais mes cheveux lourds et rebelles pour les rendre soyeux, et je me trouvais belle. Vous pensez que c'était normal, ça, de me courtiser moi-même devant mon miroir ? J'épluchais des haricots verts, je pensais à lui, je les mettais à cuire, je riais de ses folies, je lavais la vaisselle, je pensais à la douceur de ses mains, je faisais du gâteau avec des fraises, j'avais envie de le lui faire goûter, je buvais du vin rouge.

J'avais lu ceci dans le Journal de Katherine Mansfield :

Quand je me trouve avec lui, je suis prise d'une envie insensée, une envie de souffrir, de souffrir beaucoup, par lui. Je voudrais être étranglée par ses mains fermes. Il fume beaucoup, la cigarette, d'un air merveilleusement raffiné.

Et je ne sais pas pourquoi je pensais que cela était la plus belle chose que j'avais lue de toute ma vie. Je pensais à ses mains qui auraient pu m'étrangler pour une citation. Mais il a préféré le faire avec ses mots.