166. danser sur une corde

Il se passe de bien drôles de choses en ce moment dans le monde, tellement trop prévisibles et fort inquiétantes. Je pourrais être hyper angoissée ou révoltée, mais je suis étrangement calme. Froide au dehors et toujours bouillante au dedans. Je déjeune avec J. : soupe tonkinoise, chopsticks, thé brancha brûlant, et tarots de Marseille.

Première fois que je tire la Tempérance [XIII]. Je l'ai peut-être déjà sortie du jeu celle-là, mais je n'ai aucune mémoire pour ces choses-là. La voyance me laissera toujours sceptique et je ne fais jamais que « jouer » avec les cartes, je sais que je joue, c'est parce que j'aime fréquenter le monde des images imaginaires qui s'ouvre devant moi quand une carte surgit.

Sur la carte, une femme vêtue d'une longue robe sobre fermée au ras du cou, elle verse du vin d'une urne dans une autre. Elle n'est pas tellement souriante. Elle a des ailes, comme si elle était un ange du ciel. Et elle est seule sur la carte, seule sur la terre couleur champ de blés murs. Je la regarde et je me dis : pauvre femme. Si j'étais elle, j'aimerais mieux boire ce vin que de le verser sans fin jusqu'à la fin des temps dans le pichet.

Cette carte ne me dit rien de bon. Judith rassure : tu es prudente, ton raisonnement est juste. Tu manques encore un peu de souffle [ben oui, la sinusite... est toujours-là, mon travail m'épuise et je traîne les corrections d'Épiphanie, mais je ne me plains pas]. Tu devras faire des choix. Tu peux pas indéfiniment tout mener de front. Et avec ton Pape de l'autre jour, tu vis une grande émotion en amour. OK. Si Judith le dit. Mais c'est fou pareil.

Du temps pour méditer. Assise sur un banc du parc au centre de l'île ma ville, entourée de neige blanche, je tourne mon visage vers le soleil et c'est si bon. Méditation :

Sur une corde prête à rompre
Je danse, danseur frêle
Je suis l'ombre d'une ombre
lunaire
entre deux lignes sombres.
[Marina Tsvétaìéva]