164. dedans, dehors

La matinée est longue et lourde. Je sens le froid qu'il fait dehors et qui se faufile sous les portes et les fenêtres. Toujours ce sentiment que vous êtes là, près de moi. Je me retourne et il n'y a personne. Pour le moment, vous êtes dedans, pas dehors. Je veux dire que vous n'avez d'existence tangible qu'à l'intérieur de mon esprit et dans mon imaginaire, dans mon âme aimante. Qui êtes-vous ? Où êtes-vous ? Je sais. Il y a ces lettres. Il y a votre vrai coeur qui bat dans votre vraie poitrine. Ce matin, c'est tout ce que je sais et cela me suffit.

Je travaille ici, dans la maison, à faire des choses que l'on fait dans les maisons : vider les armoires, nettoyer, plier et préparer des choses à donner, laver des vêtements, repasser, cuisiner. J'ai balayé la grand escalier et vous allez dire : ah, c'est haut chez-vous. Vous allez sourire en montant. Je serai heureuse. Je voudrai vous voir, vous toucher, vous entendre, parce que j'ai encore et toujours ressenti toute la journée et toute la nuit cette présence.

J'étais heureuse et je voulais vous le dire, heureuse, oui, même si cela me pesait d'être si loin et surtout, surtout de ne pas pouvoir être proche pour vous aimer comme je sens que vous en avez besoin. C'est cela surtout qui était pénible. Ne pas pouvoir vous faire du pain doré avec du sirop d'érable quand vous rentrez harassé par votre journée, ne pas pouvoir vous regarder dans les yeux pour vous écouter me parler de vous et aimer vivre avec vous par dessus toute chose. C'est ce contact, ce désir de contact qui pousse vers l'Autre. Vous me direz souvent : je vous en prie, ne changez pas... et je vous supplierai aussi de ne pas changer surtout pas. Nous serons ce que nous sommes, en pire ou en mieux mais nous serons intacts, intouchables. Je me surprends parfois à rêver de vous et à cette magie qui nous rapproche et aux rêves que nous partageons quand nous regardons les étoiles et que nous faisons des crêpes et des confitures et quand nous marchons sur la plage, au bord du fleuve ou du lac. Tendrement. Je veux être patiente et douce et surtout plus joyeuse, vous verrez, j'éclaterai de rire de joie et je serai patiente pour vous, pour nous. N'est-ce pas le devoir d'amour que de tout faire pour aimer et protéger le coeur et le corps de l'autre ? Ainsi je vous aimais pour être là avec vous à votre réveil, pour vous embrasser et que votre journée commence comme le premier matin du monde.