163. routine du matin

Depuis mon retour à Montréal, j'ai changé mes habitudes de vie du week-end. Levée vers huit heures, huit heures et demi, je me regarde un peu dans la glace et je brosse mes cheveux, asperge mon visage avec de l'eau glacée. Pas la moindre envie de me laver et m'habiller, je reporte le moment de prendre un bain et j'enfile un kimono bleu-violet. Une fois dans la cuisine, je nourris le chat. Ensuite préparer le café dans la cafetière italienne, faire chauffer un bol de lait au micro-ondes. Puis, directement sur le feu parce que le grille-pain a rendu l'âme en novembre, je fais griller un bout de baguette que je mange soit avec du fromage, soit avec un oeuf dur. Ou de la confiture d'oranges amères. Ensuite, j'apporte le café fumant dans le bureau et je m'installe devant l'ordinateur pour écrire jusqu'à ressentir un malaise, la faim, ou une sensation d'épuisement, ou encore que la douleur me pince en montant le long du dos : je ferme le manuscrit sans relire et j'ouvre le courrier, je bouge, j'allume la radio et après je réponds à quelques emails. Toujours pas envie de me laver. Je pense à ce que je noterai dans ce journal, je regarde par la fenêtre, je fais le tour de la maison toujours trop grande et je me dis que je vendrai tout ça un jour bientôt pour aller vivre dans un loft dans le vieux Montréal ou à Paris, oui bientôt, et je reviens à l'ordinateur construire la page web du jour que je ne terminerai que lorsque j'aurai vaincu ma répugnance à me laver et à m'habiller. Alors, c'est avec bonheur que je me glisserai dans l'eau parfumée. Impeccablement lavée et maquillée, entièrement vêtue de noir, je sortirai : à la librairie, au café, rêvasser, jaser, lire les journaux en papier. Et le reste de la journée, comme un château de sable.