femme léopard_Patrick Bizouard

Sommeil de la nuit troublant, mais réparateur. Les rêves s'imbriquent les uns dans les autres, formant une chaine baroque. Je vis dans un film joué pas des acteurs qui sont des gens que je connais et d'autres que ne n'ai jamais vus, au visage flou. Ils parlent, gesticulent autour de moi. Je suis au milieu du film et je filme en même temps les images. Les gens fouinent partout, comme des invités indiscrets. Et ils finissent par s'en aller, tous, et je reste seule avec un homme, une sorte de mari, parce que je suis à l'aise avec lui. Je ne me pose pas de questions sur pourquoi il reste là.

Je me réveille, change de position. Je me rendors tout de suite et le rêve continue. Avec l'homme, nous vivons sur de l'herbe verte dans une maison aux murs faits de papiers de soie suspendus aux branches des arbres, et de feuilles de palmiers. Il y a des animaux. Nous sommes pieds nus. La cheminée est une fenêtre allumée avec des rideaux à l'extérieur. C'est la nuit et nous avons sommeil, nous voulons faire l'amour et nous sommes un peu nerveux, pressés de commencer. Quand je le frôle, c'est comme des petits chocs électriques sur la peau. Il attend. J'étends sur le sol une grande couverture et des coussins pour faire un lit parce que dans cette étrange maison, il n'y a aucun meuble. L'homme s'approche et il commence à me caresser. Je me sens très « excitée ». Un autre homme apparaît dehors, il avance son visage dans la fenêtre pour nous regarder. L'amant s'éloigne brusquement de moi. Je m'éloigne aussi et replace les couvertures sur le sol. L'autre, dehors, le visage derrière le feu, il dit : vous faisiez l'amour ? Je peux me joindre à vous ? Je dis que non, pas question. Je sais que j'en ai envie et pourtant je refuse. Bizarrement, l'homme qui est avec moi, cet espèce de mari, je ne sais pas qui il est. Et il dit non lui aussi, il murmure juste pour moi quelque chose comme vivement qu'il s'en aille et que je me couche sur toi. Je connais l'homme à la fenêtre, c'est un ami. Dans le rêve, je désire très fort qu'il entre et me fasse l'amour avec l'autre pendant que moi je ne bougerais pas du tout, simplement offerte. Je reste muette et je dis le contraire de mon désir. Je me réveille.

L'image de cette scène qui ne s'est pas vécue dans le rêve est formée dans ma tête, insistante. La scène non vécue se serait donc en quelque sorte matérialisée comme sur la toile d'un peintre ou une photo très précise ? Je m'asseois dans mon lit pour boire un peu d'eau. Je me recouche et le rêve reprends. Pourquoi je rêve à des trucs pareils ? Et pourquoi est-ce si difficile à écrire en plus ? Je peux même pas raconter la suite. Ainsi, un simple rêve serait capable de me faire honte ? Existe-t-il des rêves qui soient « normaux » et d'autres pas ?