96. ça doit être la faute au journal

Le hasard aura une fois de plus trouvé une âme généreuse pour faire sonner un réveil qui au lieu de m'agresser m'a remise en contact avec le désir, la nudité, le sens. Et avec la folie et les vieux mots de Script :

La nudité rend vulnérable. Nous n'aurions pas dû sacrifier notre fourrure. J'écris cela et je ne sais pas pourquoi je l'écris. Je n'effacerai pas. Besoin de tracer ces mots. Nous n'aurions jamais dû sacrifier notre fourrure. À ce chapitre, les animaux sont plus intelligents que nous. Je dis eux et nous, je ne devrais pas. Cela nous différencie trop.
Définition : « L'humanité est la seule espèce animale pour qui la nudité est denudatio. »

Avoir besoin du regard des autres, oui. Mais ne pas prendre ce regard à témoin. Pourquoi avons-nous donc autant besoin de nous rassurer sur notre propre existence? Sous les multiples regards, il se pourrait bien que je perde au change en devenant moins inquiète, moins avide ou affamée de vivre ma propre vie avec passion.

Et en montrant ma nudité, je prendrais la pose; en perdant mon secret, je deviendrais comédienne ou menteuse. Si je me dévoile, je m'organise et donc je risque de me rendre plus théâtrale qu'invisible. Comme une femme qui se met en scène derrière un écran froid. Me confondra-t-on avec une sculpture?

Je deviendrais une allégorie ? Alors, soit je me placerai de profil à côté de la dame de pierre, soit je me cacherai carrément sous un bout d'étoffe pour être seulement douce et odorante. Aucun peintre génial n'a encore fait de tableau juste avec des odeurs.

Ce texte est un extrait du Journal de Script, billet su 28 janvier 2001, et je l'ai reçu par e-mail le 28 octobre 2002 d'un lecteur qui avait tapé nudité passion dans un moteur de recherche. Encore le hasard.

Mais le hasard c'est ça, c'est se retrouver toute seule abandonnée après avoir perdu l'amour, toute seule et toute nue et pleurer et s'imaginer que l'amour n'existe pas. Et puis tout d'un coup d'ouvrir l'ordinateur et lire : « tu n'as simplement pas le droit d'oublier qui tu es ». Ce n'est pas la première fois que j'entends des mots comme ceux-là. Ce sont des mots secours. Le plus souvent je ne dis rien, je les garde pour moi. Aujourd'hui, je vous les donne. Vous non plus, vous n'avez pas le droit d'oublier qui vous êtes.

Oui. L'amour existe. J'en ai la preuve tous les jours, comme vous. Et c'est la faute au journal, une fois de plus.