70. body story

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Le corps est malade. Depuis trois jours, je passe les trois quarts de ma vie couchée avec la fièvre, la douleur. Guérir, oui. On ne meurt pas de la grippe. Donc, m'habiller, aller dehors, marcher dans le parc. Insister, marcher encore, entrer au café. M'installer à la table du fond et commander des oeufs et une montagne de toasts beurrés avec du thé au lait sucré. Faire le vide, ne penser à rien. Ne rien désirer. Passer chez le coiffeur faire laver mes cheveux. Prendre soin de ce corps. Rien que d'y penser je suis fatiguée.

Prendre soin de ce corps qui me réclame un peu de douceur devient une corvée. On ne peut se délivrer de soi-même. Trouver la force de poursuivre au moins ma lecture. Noter une citation dans une citation (Claude Mauriac : Le temps immobile) :

24 septembre 1972
Vertige. Impression d'extrême difficulté, non de péril. Je ne suis pas menacé, n'étant pas capable de cette décomposition des concepts dont parle André Green : « Je pense qu'il y a des gens qui meurent de cela. Je crois que Proust est mort d'avoir écrit Le temps perdu, je crois que Bataille est mort lui aussi de la décomposition des concepts. Car il n'y a pas de travail conceptuel qui n'engage mortellement celui qui s'y livre » [Cause commune, no 2]

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Image : Objectif corps, MBA : La Salle 67.