138. ma page de trivialités

Aujourd'hui, un lecteur s'indigne. Il écrit : « l'amour, l'amour, tu ne parles plus que de ça. Fait chier. Et puis d'abord, c'est quoi, l'amour, hein ? C'est quoi cette histoire de Love and Writing project ? Tu veux bien demander à Script d'écrire un peu de temps en temps ? Parce que tu vois, moi, Script, c'est bête à dire comme ça, mais elle me manque. Bien sûr, je la trouvais peut-être un peu byzantine parfois, mais j'aimais bien la lire, ça me faisait rêver. Elle, elle écrivait un vrai journal, pas des trucs abstraits. Elle racontait sa vie de tous les jours, ce qui « s'est vraiment passé », tu vois ? Par exemple, on savait ce qu'elle mangeait au p'tit déj. et quand elle faisait ses courses ou ses lessives, et tout. Mais t'en fais pas, je vais continuer à te lire quand même. Bisous amicaux d'un limousin. »

Arf, arf. Certains lecteurs sont un peu bizarres, voire un peu trash. Pas grave. J'ai écrit au gentil limousin en question et il m'a donné la permission de publier son mail. Au fait, c'est peut-être une lectrice, une « nana » comme ils disent, on sait jamais. C'est fou ce que le net peut rendre parano. Pourquoi je pense ça ? Si ce lecteur limousin était une fille, aurait-il écrit : bisous d'une limousine ? Et aurais-je dû écrire : j'ai écrit à la gentille limousine en question ? Selon le dictionnaire, la réponse est oui. Bref, ce mail du [de la] lecteur [trice] limousin [e] exprime fort probablement ce que plusieurs lecteurs pensent sans jamais oser l'écrire. Dire ce qu'on pense vraiment, c'est pas mal. Une fois n'est pas coutume.

Par ailleurs, la question que je me pose est la suivante : le lecteur d'un journal online est-il un consommateur ? Est-il un client ? Si oui, comment se fait-il que l'auteure soit si pauvre ? Mais là n'est pas l'objet de mon propos ce soir. Quoique. Ce soir, la question que je me pose est la suivante : la consigne universelle qui s'appliquerait, si le lecteur est un client, est la suivante : « le client a toujours raison ». Argument 1 : les lecteurs ont toujours raison. Argument 2 : la diariste doit absolument leur donner ce qu'ils demandent, ce qu'ils désirent. Un coup partis, ce serait peut-être plus facile qu'ils s'en écrivent un eux-mêmes, de journal. Non ?

OK. J'en sais rien. Faut pas blâmer le lecteur limousin, ça partait d'une bonne intention. Un cri du coeur. Alors je m'exécute, je redonne le clavier à Script :

Oups. J'oubliais de dire qu'aujourd'hui c'est le 9 juin 2002, je pense, et puis que j'écris mon journal. Faudrait vérifier la date exacte, parce que je suis dans ma bulle « roman ». Or donc, je crois que c'est dimanche et que je me suis levée à 10 heures 34 minutes et 56 secondes, et qu'il fait beau. Ciel bleu et tout. Du soleil. Chaleur. J'ai enfilé un jean bleu foncé pas délavé sur les cuisses, je trouve ça trop laid. J'aime mieux le jean classique, voyez, genre Levi's cinq cents et quelques avec des boutons en guise de fermeture-éclair. J'ai pas mis de « soutif » [j'ai fait exprès mais c'était pas volontaire] sous un t-shirt rouge ouvert en V sur ma gorge chaude. J'ai pas pris de bain, mais une douche [s'cusez la chronologie, la douche, c'était avant de m'habiller]. Je me suis lavé les cheveux et j'ai pris le temps de les sécher avec le bidule qui souffle de l'air chaud et qui fait tout le temps sauter la prise du rasoir, et avec la brosse ronde en soies de sanglier j'ai défait tous les frisous et les boucles, et mes cheveux sont devenus bien droits et lisses, mais j'avais les bras morts après. Ensuite je suis sortie. Ça qui s'est vraiment passé aujourd'hui. Enfin bref, c'est tout ce qui me reste en mémoire. Le reste devait pas être si important, vu que je l'ai déjà oublié.

Voilà pour ma page de trivialités. Next : back to Love and Writing project. Eksasse.