135. east of eden

Je ne sais pas pourquoi j'écris. Faut-il vraiment le savoir ? J'ai passé trop de temps à essayer de répondre à cette question et en fait cela ne m'a jamais servi à rien. Ça change sans arrêt. Aujourd'hui, j'ai vu un jour de printemps ensoleillé qui s'est ouvert lentement comme une fleur de magnolia rose. Avant de savoir pourquoi j'écris, j'ai envie d'écrire. Et après que j'ai écrit, je ne sais pas pourquoi je l'ai fait et parfois, souvent je me dis pourquoi j'ai écrit ça comme ça et alors j'ai envie de tout brûler, de tout effacer et je ne le fais pas. Devant cette magnifique journée, j'ai souri et je me suis demandé où s'en vont le jours qui passent. Où peuvent donc s'en aller les jours pleins d'amour comme celui que j'ai vécu aujourd'hui ?

On pourra dire j'écris parce que ceci ou parce que cela ; je sais, je l'ai déjà fait. Mais il reste que je ne le sais pas du tout, j'ai beau chercher je ne sais pas pourquoi j'écris. J'aime. Je vis. Je mange. Je fais l'amour. J'écris.

Et j'aime cette vie-là à la folie. J'ai déjà maintes fois trébuché en traversant la longue nuit, sans amour, aussi seule qu'on peut l'être et alors j'ai découvert un silence qui m'a remplie d'étoiles. Je ne me demande plus pourquoi je passe le plus clair de mon temps à faire ça : écrire. Si je cherche trop à savoir pourquoi j'écris il ne se passe rien d'autre que de me poser des questions, et dans ce temps-là je ne vis pas, rien. Je ne fais rien.

Quand je n'écris pas, je ne fais rien. Et les étoiles du monde me disent que je suis ici sur cette terre, que je suis chez moi, c'est ma seule vraie maison. Je sors et je regarde les gens et je parle aux gens et là je me mets à écrire. Le vent fou qui soulève ma jupe, la pluie qui tombe dix fois par jour, les grands arbres, les fleurs et les étoiles, je fais partie de tout cela. Ils sont en moi et je suis en eux quand j'écris. Parce que écrire, c'est vivre. Et quand je dis ça je pense à ces mots que je « lance » sur l'Internet tous les jours sans savoir qui les lira. J'ai vu des montagnes aux cimes argentées et des prés dorés par les blés partout où je suis allée. Je ne peux passer un seul jour sans écrire du tout. J'ai essayé. Rien à faire.

Et quand je vais quelque part sur terre je suis fière de me tenir bien droite en plein soleil et de me dire que je suis chez moi, que là où je suis, n'importe où, c'est ma seule vraie maison. Quand je mets le point final sur une page ou un texte, je relis et si ça passe, si je ne jette pas tout ou presque pour le réécrire tant que c'est pas ça, si ça passe, c'est ok, j'ai fini, j'arrête. Je range mes papiers, mes crayons, mes documents. Et après je me dis que je ne pourrai plus rien écrire d'autre. Toute ma vie ou presque j'ai rêvé du paradis terrestre et je le trouve un peu plus chaque jour. Je suis toujours sur le point de tout quiter, ne plus écrire, partir, quand je me dis que ça sert à rien, que je n'ai rien à ajouter à ce qui est déjà écrit. Ça me fait ça aussi quand je lis un bon livre qui me touche. Je me dis que je ne pourrai plus jamais rien lire et écrire après ça, rien. Avec certains livres c'est pire, ça me laisse dans un état terrible, comme un fusil qui vient de tirer. Maintenant, n'importe où je vais, à n'importe quel endroit sur la terre, n'importe où je suis, je suis fière de me tenir debout en plein soleil et je suis chez moi. Vivre dans toute cette beauté, aimer et écrire avec les gens, pour les gens, c'est ma seule vraie maison.