Vista de las excavaciones arqueológicas de Numancia (Soria, España), Source : domaine public, wikimedia

Mais que s'est-il donc passé de si important à Numance, [1] en l'an 134 avant notre ère, pour que l'auteure de ce journal brûle encore d'envie, bientôt 3 mois après l'avoir annoncé, de revenir sur le sujet ? La réponse est dans le récit.

L'Histoire avec un H majuscule écrit que dans ces années-là, Rome était le maître incontesté de tout le Bassin méditerranéen :

Après avoir vaincu les empires macédonien et séleucide, la ville avait soumis les fières cités-États de la Grèce et transformé Carthage en ruines fumantes. Les Numanciens n'avaient pour eux que leur farouche amour de la liberté et leur territoire inhospitalier. Ils n'en forcèrent pas moins les légions à se rendre l'une après l'autre, ou à battre en retraite honteusement.

Il n'en fallait pas plus pour que les Romains perdent patience et décident d'envoyer leur plus éminent général faire un sort aux Numanciens. Le Sénat de Rome choisit donc Scipion Émilien, celui-là même qui avait rasé Carthage. On lui confia une armée de plus de 30,000 soldats.

Le général respectait les techniques de combat des Numanciens, et préféra ne pas gaspiller ses soldats en vains combats. Il choisit d'encercler la ville avec une ligne de fortifications pour la couper du monde extérieur et affamer le monde tranquillement. Le temps travailla pour lui...

Et son plan cruel a fonctionné. Au bout d'une longue année, les vivres vinrent à manquer et les Numanciens eurent faim.

Voyant que tout espoir était perdu, les Numanciens incendièrent leur ville ; si l'on en croit les récits romains, la plupart se donnèrent la mort pour ne pas devenir esclaves de Rome. [2]

C'est ainsi que Numance devint le symbole de l'indépendance et du courage espagnols. Encore aujourd'hui, ces hommes sont des modèles de patriotisme pour les jeunes du pays.

Mais si on réfléchit un peu, on se rendra compte que la victoire de Rome sur Numance fut si complète que les vainqueurs cooptèrent même la mémoire des vaincus.

Ce sont les Romains qui ont d'abord rapporté puis transmis l'histoire, friands qu'ils étaient de récits barbares. Depuis longtemps, elle est racontée en espagnol, une langue romane qui descend du latin de Scipion. Cervantès a écrit son Siège de Numance en latin et la pièce se conforme aux modèles artistiques gréco-romains (Numance n'avait pas de théâtres).

La plupart des patriotes espagnols qui admirent la résistance des Numanciens sont aussi en général de religion catholique romaine. Romaine ? Oui. La siège de cette religion est encore à Rome. Et le Dieu des catholiques semble encore préférer que l'on s'adresse à lui en latin.

De plus, le droit, le système politique, la cuisine et l'architecture espagnols doivent davantage aux Romains qu'aux Celtes d'Ibérie. Alors ?

Je crois que tout, mais vraiment tout ce qu'il « nous » reste réellement des Celtes de l'antique Numance, ce sont des pierres immobiles. Et quelques illusions.

Notes

[1] Numantia ou Numance est une ville antique du nord de l'Hispanie (à 7 km au nord-est de l'actuelle Soria), qui résista durant vingt ans à la conquête romaine, entre -153 et -133)

[2] Les extraits et les informations contenues dans ce billet proviennent du livre cité page 43