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Aujourd'hui, j'ai choisi de recopier un extrait du Journal d'un écrivain, de Virginia Woolf. Comment j'en suis arrivée à ce choix ? J'aurais bien du mal à vous l'expliquer clairement ce matin. Une éphéméride facile comme il en pleut ces temps-ci ? Pas si simple. Coïncidence étrange, très certainement.

J'en étais à butiner dans mon étude des lettres de suicide des écrivains lorsque j'ai bifurqué vers la vie et repris la lecture de la dernière année du Journal.

Disons que la question concernant la mémoire posée ce 9 janvier 1941 et la beauté des couleurs de la neige auront retenu mon attention. Peut-être parce que ce thème est préoccupant et souvent récurrent dans les journaux d'écrivains et les autres. Et puis c'était quelques mois seulement avant qu'elle ne rédige sa énième lettre de suicide, un jour de mars 1941. Lettre, elle-même, d'une extrême beauté.

Le volume dont il est question ici [l'image du jour n'étant qu'une photo numérisée de la page couverture - pas facile de faire travailler mon vieux scanner pratiquement hors d'usage ! -] est un recueil composé lui-même d'extraits des 26 volumes du Journal d'origine.

Pour composer ce recueil, Leonard Woolf [le mari] explique, en préface, avoir prélevé tout ce qui relevait du travail de V.W., ainsi que trois autres genres d'extraits : les commentaires de lectures, les impressions des scènes et personnes de l'entourage immédiat de l'écrivain, et les passages dans lesquels elle se servait très nettement de son journal comme d'un instrument lui permettant d'exercer ou de mettre à l'épreuve l'art d'écrire.

Jeudi 9 janvier [1941]

Un vide. Tout est gelé. Figé. Gelée d'un blanc brûlant. D'un bleu brûlant. Les ormes rouges. Je n'avais pas l'intention de décrire une fois de plus les collines sous la neige, mais je le fais. Et je ne peux même pas m'empêcher de tourner les yeux vers la lande d'Asheham, rouge, violette, et d'un gris bleu de tourterelle, avec la croix qui se dresse contre elle si mélodramatiquement. Quelle est la phrase dont je me souviens toujours (à moins que je ne l'oublie ?) « Que votre dernier regard soit pour tout ce que est beau. » Hier, Mrs. X. a été enterrée sans dessus dessous. C'est un accident. « Une si forte femme », comme dit Louie, se jetant aussitôt comme une goule sur cette histoire de tombeaux. Aujourd'hui, elle enterre sa tante dont le mari eut cette vision à Seaford. Leur maison a été touchée par la bombe que nous avons entendue, très tôt, un matin de la semaine dernière. L. fait des conférences et arrange la chambre. Ces choses ont-elles un intérêt ? Faut-il s'en souvenir ? Ces choses qui vous font vous écrier : « Arrêtez-vous, vous êtes si belles. » Disons que dans la vie, tout est si beau à mon âge. Je veux dire quand j'imagine qu'il n'en reste plus beaucoup devant moi. Et de l'autre côté de la vie, il n'y aura pas de neige rouge, rose et bleue. Je recopie Poyntz Hall.