mardi 24 janvier 2012

fièvres mauves

C’est mardi matin, 24 janvier. Déjà. Impression de ne pas bouger, de piétiner. Étonnée que le temps file aussi vite à côté de moi, sans me regarder. J’avance néanmoins à petits pas dans l’année violette.

Hors ligne, j’avais commencé à rédiger la page mauve. Et puis je me suis interrompue à cause de plusieurs bouillons de fièvres et de céphalées à la limite du supportable. Ç’a duré quelques jours, trop. J’ai pas compté. Probablement un virus.

Cette nuit, la fièvre a monté, j’étais en ébullition, en eau, et j’ai dit ok, vas-y, sors tes grands ciseaux et achève-moi [c’était pour rire]. Je me suis rendormie. Chose étrange, en me réveillant ce matin elle avait plié bagage.

Je me sens un peu bizarre, le corps endolori et comme engourdi. Mais j’ai toute ma tête à moi. J’aime mieux ça.

2008.07_mauves

les mauves musquées de mon ex-jardin en Kamouraska [été 2007]

Ciel blanc aujourd’hui. Vents sournois et redoux. La neige fond. Et le mauve s’en vient.

Comme je ne croyais pas en avoir tout à fait fini avec le lilas [la plante] pour ma page lilas [la couleur], j'avais repiqué sur le web une version html du conte de Sofia Fiodorovna Rostoptchina, comtesse de Ségur : L'histoire de Blondine, de Bonne-Biche et de Beau-Minon.

Je m’étais mise dans la tête de le remettre en son état original après l’avoir comparé avec l'édition numérisée [1857] disponible sur ebooks. Je l'ai fait. Et ensuite j’ai glané un beau portrait de l’auteure et quelques illustrations du conte par Gustave Doré et je les ai ajoutés à mon projet d'édition maison, sans prétention. Tout à l'heure j’en ferai une version pdf et je le rendrai disponible [gratuitement] à ceux qui visiteront mon journal, et qui veulent le lire.

Pourquoi ça ? Pour m'amuser, c’est un conte que j’ai beaucoup aimé relire et qui m’a ramené une foule de beaux et bons souvenirs d’enfance [et j’en ai pas tant que ça].

Autre chose : j’ai souvent constaté que les documents libres de droits finissent par disparaître sur le web ; assez vite, les liens aboutissent à des liens morts et vous n'y avez plus accès ; c’est comme ça pour la grande majorité des sites hyperliés dans mes premiers cahiers. Parfois, certains documents sont remis en ligne et on vous demande de payer pour les consulter.

Ce n'est pas parce que je refuse de payer, mais j'ai un peu de misère à voir des gens s'approprier les oeuvres anciennes tombées dans le domaine public, de les transformer un peu et d’essayer de faire de l'argent avec.

C'est donc pour avoir à disposition une copie originale et « durable » de ce conte qu’il se retrouvera aujourd’hui en pièce jointe et en lien dans les annexes. Bref, ça veut dire que maintenant il est à moi et que je vous le donne sera ici, dans mon journal.

mardi 17 janvier 2012

de la couleur violette [2]

Avant de passer à un autre violet, quelques mots sur la couleur des vêtements et des draps, au XVe siècle, tirés de la préface au Blason des couleurs. Pour en conserver la trace, et parce que je trouve ces informations très... poétiques quant à la question des draps.

La couleur des habits

Les chapitres de l'habit moral de l'homme et de la femme sont fort curieux et méritent d'être lus. En examinant comment se doibvent porter les couleurs selon les qualités des personnes, l'auteur fait sans doute un article de modes fort amusant et que l'on peut résumer ainsi :

Le blanc doibt se porter par enfants jusqu'en l'aage de six ou sept ans; par jeunes filles en cordons et rubens, mancherons et coeuvrechiefs; par jeunes filles de villaige et bergiers en baulx roquetz, surcotz et plissons; par les chevaliers, principallement la première année qu'ilz ont receu l'ordre.

Le jaune se porte voulentiers par les gens d'armes, paiges, laquetz et aultres gens suyvants la guerre et la court comme en manteaulx, pourpoins et chausses.

Le rouge est la couleur des bonnetz, chausses, pourpoints et manteaulx des gentils hommes, et des cottes, sainctures et cordons et mancherons des femmes.

Le vert est porté par jeunes gens joyeulx et deliberez, et communément se porte en sainctures, jartriers, et quant se vient au moys de may vous ne verrez aultre couleur porter que verd. Et le plus voulentiers se porte par jeunes adolescens, jeunes filles, fiancez et nouvelles mariées.

Le bleu ou pers, couleur communément portée par les Angloys comme leur propre livrée, se porte par les filles en sainctures et cordons, et voulentiers par gens de villaige, comme en chapeaulx, robes, pourpoins et chausses. Et tend-on de pers en la maison d'ung trespassé.

Le pourpre est réservé exclusivement aux rois et aux évêques.

Le noir est la couleur du deuil.

Le violet se porte par gens vivans de leurs rentes, et le plus voulentiers en chausses.

Le gris est bon pour marchand qui va aux champs, mariniers, laboureurs.

Quant à l'incarnat, il se porte par gens amoureux et gaillardz, et principalement par courtisiens et gens qui usent de la plume.

La couleur des draps

[...] des observations sur les draps et leurs couleurs doivent être également rapportées. La couleur des draps était, de son temps, fleur de pêcher, tanné blanchâtre, tanné rougeâtre, tanné violet, tanné obscur, gris violant, gris blanchâtre, gris obscur, gris cendré, bleu violant et tanné gris. Les draps de couleurs grise, violette ou jaune étaient fort recherchés.

Ça me donne l'envie de plonger mes draps blancs dans autant de bains de teinture qu'il y a de nuances de couleurs mentionnées ici.

Note : L'auteur de la deuxième partie du Blason de couleurs [qui a dû être composé à Mons, entre les années 1435 et 1458] ne s'est pas fait connaître et il semble que personne n'ait pu retrouver son nom. « Si l'anonyme qui le couvre est impossible à dévoiler, le pseudonyme du héraut Sicille n'est guère plus facile à découvrir », écrit Cocheris.

dimanche 15 janvier 2012

lilas

Premier mot dans mon Glossaire des « violets » : LILAS.

Pour continuer avec l'histoire de mon premier violet commencée avant-hier en fin de page, j'ajouterai encore quelques mots avant de passer au pourpre ou à l'améthyste.

lilas_taylor.jpeg

LILAS : [s. masc. et adj. invariable] Couleur bleue mêlée de rouge qui est le plus ordinairement celle des fleurs du lilas. Difficile de voir la couleur sans aussitôt se remémorer l'odeur entêtante et séduisante de la fleur. Un parfum que j'adore et que j'aime respirer à profusion au printemps. Quand les lilas fleurissent, c'est le temps de planter les patates disaient les vieux. Et ça marche [j'ai essayé]. 

Le lilas commun favori de nos grands-mères, le Syringa vulgaris, est originaire du sud-est de l’Europe. C'est Ogier Ghislain de Busbecq, ambassadeur d’Autriche à Constantinople (Istanbul), qui l'introduisit en Europe centrale vers 1563. 

Les formes aux fleurs simples violettes ou blanches si étroitement liées au paysage rural [et même urbain] québécois furent introduites en Amérique du Nord par les premiers immigrants européens. 

Le lilas ou Syringa est un arbuste de la famille des oléacées, présentant au printemps de jolies grappes de fleurs parfumées ; peu exigeant, il est remarquable pour sa vigueur et sa longévité. Il convient à l'aménagement des grands comme des petits jardins. 

De plus, les nombreux cultivars permettent d’échelonner les périodes de floraison. La famille botanique des oléacées comprend des plantes d'une grande importance agricole, sylvicole et horticole, tels l'olivier, le frêne, le forsythia et le jasmin. 

On compte une vingtaine d’espèces naturelles et hybrides de Syringa [ne pas confondre avec le seringat, nom commun du Philadelphus]. Les espèces naturelles proviennent en majeure partie du sud-est de l'Europe et de l’est de l'Asie, plus particulièrement de la Chine. 

Arbuste de taille variable selon l'espèce, le lilas présente une gamme nuancée de teintes au chapitre des fleurs : mauve pâle, lavande rose, rose pâle, blanc, etc. 

La couleur lilas est en fin de compte la couleur mauve tirant sur le rose ou le bleu : « Une grande clarté rose [...] tournant au lilas tendre » [Zola].

J'ai souvent lu ou entendu dire que la grande Élizabeth Taylor [1932 - 2011] avait les yeux lilas. Vérité vraie ou légende hollywoodienne ? J'ai beau regarder ses photos, abondantes sur le web, je vois du bleu, tirant vers le violet mauve, il est vrai. Des yeux magnifiques.

La semaine dernière, j'ai bien aimé lire l'arrivée « lilas » éblouissante de Ti-Lou au mariage de Nana : « Tout dans sa toilette, sa robe, dentelle et soie, son chapeau extravagant garni de longues plumes de paon, ses bijoux qui brillent au soleil, ses souliers à hauts talons – une nouveauté – et jusqu'à son fard à paupières, absolument tout est lilas. » [Michel Tremblay : La grande mêlée, 2011].

Et pour les bidouilleurs, les codes à mettre dans vos pages pour avoir du lilas sont : rgb(182, 102, 210); ou #b666d2;

Je me souviens d'un conte lu il y a fort longtemps. Il y avait une immense forêt de lilas. Et une biche je crois [Beauminon ?] et certainement une princesse ou une pauvresse. Je n'arrive pas à me souvenir du reste. Je sens que je vais ressortir mes Contes de Grimm et ceux de Perrault aujourd'hui.

[bon, je vais laisser de côté cette page lilas de mon dimanche lilas du 15 janvier 2012, page qui n'est pas terminée, hé hé, et je vais aller me préparer un bon café au lait, je reviendrai «coller» ici ce que j'aurai butiné toute la journée, au fur et à mesure de mes trouvailles... en espérant que la récolte soit bonne !]

En attendant, je vous laisse avec Alexis Weissenberg [26 juillet 1929 - 8 janvier 2012] et son époustouflante prestation de Petrouchka [Stravinski] en 1964. Ça, c'est du violet.

Diariste au rapport à 15h45, chef : J'ai parcouru rapidement, entre trois séances de lessives et d'épinglages de linge sur les petites cordes de mon séchoir pliant, les contes de Grimm, de Perrault et même ceux d'Andersen et je n'ai rien trouvé. Normal, me dis-je. C'était une erreur de chercher de ce côté-là, puisque ces contes ont pour la plupart été transmis par tradition orale et que plusieurs sont d'auteur inconnu, et d'une époque où le lilas n'avait pas encore été transplanté en Europe. J'avais juste pas réfléchi. Mais je n'étais pas loin du sujet avec Beauminon. Ma mémoire est tout de même assez fidèle. Bon ok, Beau-Minon n'est pas une biche blanche mais un chat blanc dans l'histoire, mais il y avait bel et bien une biche. Et ce conte de la forêt de lilas existe bel et bien. J'ai tapé « conte avec biche et forêt de lilas » dans g..g.. et il était là, recopié au grand complet dans le site internet [Biblisem]. Le titre : Histoire de Blondine, de Bonne-Biche et de Beau-Minon. L'auteur ? [arf] La comtesse de SÉGUR ! Comme quoi mes lectures d'enfance ont laissé quelques unes de leurs traces lilas dans mes souvenirs épars [et tout mélangés].

Avant de finir la page, voici une gracieuseté de ma complice violette [cf., son commentaire], l'histoire de Blondine dans la forêt des lilas :

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Références : Les dictionnaires Quillet, Petit Robert et Littré, le site web du jardin botanique de Montréal, Wikipedia [photo], et le roman intercalaire de Michel Tremblay cité dans le texte.

vendredi 13 janvier 2012

le commentaire du jour

« on devrait tous se présenter aux prochaines élections et voter chacun pour soi, » *

Je jonglais depuis pas mal de temps avec cette envie d'introduire des commentaires [à défaut de saules pleureurs] dans les catégories. Aujourd'hui, et peut-être pour me distraire de mon trop sérieux travail de fouilles violettes, j'ai choisi de passer à l'acte - sans faire de mal à personne -, et de publier celui qui m'a fait craquer.

C'était donc mon premier « commentaire du jour ». Tiré comme les autres le seront d'un quotidien en ligne, sur des sujets d'actualité avec un grand A. Qu'elle soit d'ici ou bien d'ailleurs. N'est-elle pas universelle ?

{*Auteur : « piedoq ». Date : 13 janvier 2012, 02h10. Sur l'article « Mémo pour Nathalie Normandeau : l’indécence, c’est ça ». Cyberpresse, Le blogue de Patrick Lagacé, dans la catégorie « Montée de lait ».}

beauté de la couleur

Edgar De Bruyne : Études d'esthétique médiévale, tome 1, chapitre III, 3 : « Le contenu et la forme ».

Les traités techniques [du Moyen-Âge] se consacrent surtout à la composition des couleurs [...] Au début ils semblent s’intéresser surtout aux tons simples, brillants, rayonnants. Certains historiens de l’esthétique, tel Chambers, réduisent tout le sentiment esthétique du Moyen-Âge à la joie de « gold and glitter ». De fait, Isidore de Séville et « Heraclius » parlent de préférence de tout ce qui est splendide. Les couleurs végétales, d’après Héraclius, doivent garder quelque chose de la fraîcheur des fleurs à peine écloses, cueillies de grand matin, [...] celui qui veut en tirer des couleurs, doit se hâter avant qu’elles se fanent. [...] Tout ce qui brille, comme le verre, l’or, la pierre précieuse, tout ce qui est poli est beau. La couleur doit flamboyer comme le feu, briller comme l’air illuminé, rutiler comme le soleil. Elle n’est vraiment belle que lorsqu’elle est toute pure, filtrée, tamisée [...] La couleur a quelque chose de métallique et comme le bronze, l’or, l’argent, elle emprunte son éclat à l’air pénétré de lumière [...] La beauté de la couleur est la beauté de la lumière, mais celle-ci dérive en dernière instance de la beauté du ciel orné des corps célestes, du soleil, de la lune, des constellations [...]

En plus de leur beauté formelle, les couleurs ont une valeur symbolique : entre le blanc, couleur de la lumière pure, et le noir, couleur des ténèbres, se trouvent le jaune, couleur de la terre, le vert de l’eau, le bleu de l’air, le rouge du feu. Les peintres médiévaux connaissent ces tons en diverses nuances et substances, entre autres : deux sortes de blanc (céruse et craie); plusieurs noirs (d’os, de vigne, d’ivoire brûlé); de la terre verte, des verts végétaux de prunelle, d’iris et métalliques (vert de cuivre); deux jaunes (orpiment ou arsenic et safran); quatre espèces de bleu : des bleus végétaux, des bleus d’émail, le bleu d’azur, et le précieux bleu du lapis lazzuli; toute une série de rouges : minium, cinabre, kermes, folium, rouge de garance et rouge de brésil, sang de dragon et ocre rouge, les uns dérivant d’oxydes, d’autres d’insectes et de vermisseaux, d’autres encore de plantes, de fleurs, de bois, de terres.

J'ai hâte de commencer le Glossaire, violet par violet. Je ne suis pas tout à fait prête car je n'ai pas terminé mes recherches sur la couleur. Mais tant pis, je commence tout de suite avec le premier élément trouvé sur le lilas.

LILAS : Adj. et nom. Couleur bleue mêlée de rouge qui est le plus ordinairement celle des fleurs du lilas. LILAS : Genre de plantes de la famille des oléacées, présentant au printemps de jolies grappes de fleures violettes ou blanches. [Quillet]

...à suivre

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