journal* et autres écritures

93. survol

Un journal en ligne mérite-t-il toujours d'appartenir au « genre », même si son auteur n'y écrit qu'une maigre page par mois [ou presque] ? Je dirais que oui.

Mais ça dépend c'est qui le boss.

En attendant de reprendre le fil quotidien, je relisais aujourd'hui le Journal de Henry David Thoreau. Retenu, entre autres choses, ce qu'il notait en 1840 et qui déclenche en moi une manière d'inquiétante étrangeté :

Juillet.

Que le flot de chaque jour laisse un dépôt sur mes pages, comme il laisse du sable et des coquillages sur le rivage. Autant de terre ferme de plus. Ceci pourrait être le calendrier des marées de l'âme; et, sur ces pages, comme sur une grève, que les vagues jettent leurs perles et leurs algues.

92. des fleurs inspirantes

Serait grand temps que j'écrive quelques pages avant qu'on ne s'imagine je sais pas quoi. J'aurais envie de commettre quelques billets sur la permaculture urbaine. Le sujet m'intéresse toujours. Plus que jamais, je dirais.

mon coin lecture

J'ai presque terminé l'aménagement de ma petite cours-galerie. Mon fauteuil de lecture suspendu est sans doute ma meilleure trouvaille permettant d'utiliser cet espace grand comme un mouchoir de poches pour profiter de l'été toujours trop court. C'est le coin idéal pour lire, prendre un peu de soleil, écrire mon journal, regarder passer les nuages dans le ciel et prendre le frais en somnolant à la belle étoile les nuits de canicule. Les jardinières ont été suspendues ou accrochées sur des gros crochets que j'ai fixés ici et là sous l'escalier, les pots et bacs sont en place. Et ça pousse. J'ai même trois cordes à linge que j'enlève les jours de non lessive. Ce qui explique que je n'ai pu faire de photo de « avant-après » tout à l'heure... les cordes sont pleines et les vêtements cachent mes belles plantes.

jardin suspendu

J'ai réussi à faire pousser de la vigne vierge dans une fissure du ciment d'à peine 3 cm. de largeur le long de la clôture. Et ça monte. Le laurier rose est en fleurs. Le plant de tomates cerises a presque fini de produire.

laurier rose

Concernant la permaculture urbaine, je suis bien loin d'avoir fait le tour du sujet. Ça demande beaucoup de réflexions. Alors je réfléchis. Je lis. La documentation est abondante, plusieurs vidéos dont ceux de David Holmgren et Bill Mollison, deux co-fondateurs du concept de permaculture.

J'aime beaucoup la fleur permaculture, avec au centre l'éthique et les principes présentée ainsi :

The permaculture journey begins with the Ethics and Design Principles and moves through the key domains required to create a sustainable culture.

The evolutionary spiral path connects these domains, initially at a personal and local level, and then proceeding to the collective and global level.

Some of the specific fields, design systems and solutions that have been associated with the wider view of permaculture can be seen by clicking on the petals.

Il faut aussi s'approcher des autres magnifiques créations graphiques qui illustrent les 12 principes (des pictogrammes affichés comme les heures sur une horloge) et les trois éléments de l'éthique au centre : prendre soin des personnes [soi et aussi les autres : voisins, quartier, communauté, etc.], prendre soin de la terre [l'arbre symbole de la vie et l'environnement] , et partager équitablement les surplus [une pointe de la tarte pour mes besoins et le reste c'est ce que je peux donner].

J'aimerais établir la liste des choix et changements que j'ai apportés à mes habitudes, ma façon de vivre et dans mon environnement mais il faudrait pour cela que je traduise la liste des « principes de la permaculture » qui se trouvent à la base de ma réflexion et que j'explique ceux que je tente d'apprivoiser. Et aussi tout ce que je rêve et projette de faire, c'est énorme et ce billet commence déjà à s'alourdir. Demain ?

91. loquèle

LOQUÈLE. Mot qui a fait ma journée [comme le disent si bien les bonobos à lunettes]. Inutile de chercher dans les dictionnaires ordinaires, la loquèle n'y est pas.

Mais dans mon vieux Littré, oui. Gniac, gniac.

Littré note que « lo-kuê-l' » origine du latin loquela. Que le substantif est féminin et qu'il signifie : « Facilité à parler d'une façon commune. » Comme dans : « Il a de la loquèle. » Jamais entendu ça !

Et ça s'arrête là ?

Bien sûr que non. Parce que, en feuilletant les Fragments d'un discours amoureux *, j'ai retrouvé la loquèle qui m'attendait sagement à la page 191.

Roland Barthes lui a donné une toute autre vie en lui consacrant deux pages et demie. Et il écrit ceci en guise de définition :

LOQUÈLE. Ce mot, emprunté à Ignace de Loyola, désigne le flux de paroles à travers lequel le sujet argumente inlassablement dans sa tête les effets d'une blessure ou les conséquences d'une conduite : forme emphatique du « discourir » amoureux.

Je serais tentée de recopier la suite. Parce que c'est dans ce court texte de Barthes que le voile se lève peu à peu sur la loquèle, en passant par Schubert, les Grecs, Muller, Bettelheim, Humboldt, Werther, et Hugo (Pierres, 150) : « À vingt ans, dit Mme Desbordes-Valmores, des peines profondes me forcèrent de renoncer au chant, parce que ma voix me faisait pleurer. »

Me contenterai de relire tranquillement une fois ou deux avant d'aller dormir.

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BARTHES, Roland. Fragments d'un discours amoureux. Paris, Éditions du Seuil, Collection "Tel Quel", 1977. 281 pages.

90. fumées sur la ville

Une cinquantaine de forêts sont en feu au Québec. Les incendies au nord de La Tuque, sur la réserve de Wemotaci, semblent plus préoccupants et dérangent plus de monde car plusieurs personnes ont dû être évacuées. Ça brûle tellement que plein de boucane s'est répandue sur Montréal durant la nuit passée [dimanche à lundi|. J'étais allée dormir, toutes fenêtres ouvertes et une forte odeur de bois brûlé m'a réveillée alors que je parlais toute seule dans mon rêve : c'est qui l'excité qui fait des feux de camp en pleine ville ? Ben non, c'est encore des forêts qui brûlent, déjà qu'il en restait plus beaucoup.

En fin d'après-midi, l'odeur était moins prenante dans mon quartier. Par contre, le ciel était encore pas mal bas et enfumé par endroits. Il restait quelques écharpes grises sur le Mont-Royal vers 15 heures. Voici quelques images prises là-haut, tout à l'heure :

Arrêt touristique obligé à l'Observatoire en redescendant vers la rue du même nom que d'où l'on arrive, pour voir et croquer ce qui reste des volutes des fumées :

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Puis, comme il faisait hyper chaud, arrêt chez le marchand de glaces pour croquer un popsicle trois couleurs. L'homme nous a fait patienter un peu, le temps d'offrir une glace au raton laveur.

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Troisième arrêt pour réfléchir un peu sur le lien, la complicité, la connivence, bref sur le rapport existant entre les cinq acteurs de cette photo, qui se rencontraient pour la première fois : l'enfant en bas à gauche [représenté par le haut de sa casquette bleu pâle], le marchand de glaces, le raton, le dos d'un moine à la tunique grenat et celle qui tenait l'appareil.

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Enfin, gros plan sur le raton laveur occupé à se laver les papattes après avoir fini sa glace, et qui posait bien malgré lui, pauv'tit, avant de retourner sa cacher dans les buissons jusqu'au prochain service.

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J'ai l'air de m'amuser, mais je suis triste pour les gens de Wemotaci, déjà pas chanceux. Et pour ceux d'ailleurs aussi. Encore un grand dérangement. Des pertes difficiles à remplacer. C'est long, une forêt, avant de repousser. Dire que Greenpeace venait à peine de signer des ententes avec des grosses compagnies qui avaient enfin accepté de cesser l'exploitation forestière dans le Nord. Je ne sous entends rien, non, mais la coïncidence est plutôt moche. Espérons que de grosses et fortes pluies tomberont bientôt à plein ciel pour stopper ces incendies et qu'il n'y en ait pas de nouveaux.

89. jolis titres

Quand j'écris le numéro d'un nouveau billet dans l'espace « titre » de ma plateforme de publication [ce cher dotclear, pour ne pas le nommer] l'insoutenable intelligence mnésique de la machine me propose automatiquement, dans un petit menu déroulant, les titres de trois billets portant le même numéro. Par exemple, c'est ainsi que j'apprends à l'instant même avoir déjà écrit trois pages 89 portant ces jolis titres : « la flûte enchantée », « temps, mémoire, écriture, fiction » et « pause poésie ». C'est amusant et parfois un peu affolant quand je n'ai aucune idée précise du titre que je donnerai à un texte que je n'ai souvent même pas commencé à rédiger mentalement. Il n'est pas rare que je m'installe au clavier [quand ça m'arrive rarement de le faire, héhé] avec un embryon de sujet ou seulement une idée ou un fait à noter, ou encore juste quelques photos de fleurs à déposer dans mon journal, comme cette branche de fleurs de pommier qui n'a pas été facile à capturer sous le vent du 4 mai 2010.

4 mai 2010 : fleurs de pommier

Pour en revenir aux titres de mes trois pages 89, j'avoue les trouver bien jolis. Et si je retournais lire ces billets, qu'est-ce que j'y découvrirais ? Des choses à cacher, à montrer, à brûler, à jeter, à revamper ou à laisser telles quelles ? Afin de savoir en quelle année ou dans quel cahier je les avais écrits, j'ai fait appel au moteur de recherche Google [celui de ce journal qui est supposé être bien payant mais qui ne m'a pas encore rapporté un seul sou vaillant, paraît que ça peut prendre des années]. En plus, ma flûte enchantée, je ne l'y ai même pas trouvée, rien sur la page temps, mémoire... non plus. Bizarre. Peut-être qu'elles ne sont tout simplement pas encore passées dans la machine de la réédition pour se faire re vamper, amputer, recopier, re coder, torturer, sélectionner et j'en passe. Même pas. Mais toute cette opération de la réédition du journal commence à me peser sur le dos. Ça prend du temps et des énergies que je n'ai pas tous les jours. Mais on va s'en sortir. J'ai fait des journées intensives de copiage-collage et j'ai enfin terminé le repiquage de toutes les pages sous DC. Il reste à importer les images, corriger les codes et autres redondances et puis à republier les billets [de septembre à décembre 2000, et du 25 mai 2001 jusqu'à fin décembre 2005].

J'ai l'air de ne faire que ça, bidouiller toute la journée me direz-vous, mais non. La preuve, je n'ai pas abandonné l'idée de la permaculture urbaine, même si je n'ai pas poursuivi sur ce thème dans un nouveau billet. J'en reparlerai bientôt, promis. D'ici là, j'ai demandé à quelques plantes de faire la pose pour la photographe pendant qu'elles prenaient le chaud soleil de mai dans leurs pots en grès rouge sur les marches de l'escalier.

24 mai 2010 : plantes dans l'escalier

Pour ceux que ça intéresse, voici les liens conduisant vers les titres en question. Question de savoir si les libellés correspondent un peu au contenu : 89. la flûte enchantée, 89. pause poésie, 89. temps, mémoire, écriture, fiction.

[Mes plus plates apologies au moteur de recherche : les pages nons trouvées n'avaient effectivement pas encore été remises en ligne. J'ai dû le faire pour respecter la cohérence de la proposition ;p]

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au jour le jour

38. extrait de mon grand cahier gris

Je recopie ce matin une page de journal écrite hier dehors au soleil dans mon grand cahier gris où je note chaque jour tout ce qui se passe au jardin. Comme une obsédée. Un peu pour ça que je délaisse le ouèbe. J'écris moins au clavier, beaucoup beaucoup dans mes cahiers, dehors.

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240. la poste

Faut quand même pas croire que je passe tout mon temps dans la baignoire. Quoique. J'ai bien avancé dans le montage de mon radio.blog. Assez contente du résultat. J'ai encore pas mal de furetage à faire dans mes fonds de tiroirs pour rapailler le meilleur du pire. Ou le pire du meilleur, c'est selon. L'affaire est donc à suivre.

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2. j'écris, donc je mens

Je n'aime pas trop m'éloigner du journal et rompre avec la discipline que je m'étais donnée d'y écrire un peu chaque jour. Mais si je dis que je n'ai pas écrit la page 2 parce que je n'avais pas le choix, je mens. J'aurais pu écrire, mais j'ai décidé de faire autre chose, juste pour voir, pour m'obliger à ressentir, cruellement, la privation et le manque de ce majestueux plaisir d'écrire en ligne. Mais ce n'est pas vrai. 

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58. intime délire

lanterne chinoise

Intime jusqu'au bout. Intime jusqu'au cou. Écrire l'intime sans rien mesurer, sans rien censurer, elle rêve d'écrire un journal intime publiquement, comme si elle l'écrivait juste pour Soi. Pouvoir tout raconter, tout dire et puis que ce ne soit pas banal, pas faux. Vrai. La vraie vie dans toute sa beauté, dans sa somptueuse souffrance, et dans son incontournable puanteur, certains matins. Non. Faire ça, c'est impossible. Dément. Je ne LA laisserai pas aller jusqu'à l'intime. Le vrai.

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182. écris, on s'en fout que tu pleures

château en Espagne [en Écosse...]

Nuit de folie. Rêves bizarres, je ne me souviens plus de rien. Mal dormi à l'os. Mal au ventre. Beurk. La douleur se loge dans le creux des reins, juste à l'endroit du plaisir. Douleur sourde, tenace. Vampirique.

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à propos de réédition

Commencée fin décembre 2009, la réédition des huit premiers volumes du journal se poursuit au jour le jour, mois par mois. Le processus devrait être complété fin décembre 2010, si je peux garder le rythme. Bien évidemment, cette activité me laisse moins de temps pour tenir le journal. Difficile d'égrener des perles au quotidien quand on choisit de se tremper les mains dans un passé pas si lointain, parfois identique, parfois complètement différent du jour qui chante. Comme de raison, j'ai mis un cadenas sur mes vieilles archives qui disparaîtront lorsque tous les billets auront été relus, corrigés et intégrés dans une seule base de données.