Levée avec le mal de gorge. Toux. Le week end dernier, j'ai commencé à bêcher le jardin, à la main [avec une fourche, tout de même, faudrait pas croire que je remue la terre à mains nues].
Avec le retour du soleil, el señor potager s'est peu à peu recouvert de petites plantes vertes qui ne se mangent pas et qui ont la folle habitude de s'incruster partout. Comme du tapis. Des fibres souterraines. Que j'arrache et composte. Pendant ce temps-là, je renifle et j'ai des courbatures.
En plus, il faut encore que je travaille une journée, ou deux par semaine, je ne sais jamais à l'avance. Ni pour combien de semaines ou de mois [?] encore. L'information, c'est le pouvoir. À prendre ou à laisser. Apprendre. Sentiment d'impuissance, d'être captive, de manquer de liberté, d'être manipulée comme un toutou à laisser dans un coin quand on en aura plus besoin. Et râler. Ou me taire.
Quand ce contrat se terminera, il faudra très probablement que je trouve autre chose, ou que je retourne travailler à Montréal. Pas trop envie. Ou bien encore songer qu'il serait peut-être mieux de tout vendre et de m'installer ailleurs dans une maison ou un appart. tout neuf. Chaque année je me pose cette question. C'est dur. Faut garder un minimum de souplesse, madame chose. Ne pas oublier l'espoir. Justement vu une grosse araignée hier soir.
Eh oui, travailler pour ajouter le beurre sur les épinards [ici, lire les réparations sur la maison : il reste encore à finir le grenier, installer une porte vers le jardin, changer les fenêtres, et caetera, et caetera]. Et puis le reste du temps écrire et encore écrire ce roman qui avance tout de même un peu. Je donne toujours du temps bénévolement pour la biblio., le cercle littéraire, et caetera.
Notez que je suis désolée de vous infliger tous ces tcétéras, mais voilà, c'est un peu ça. Avec tout ça, j'ai manqué de pain, de lait et d'envie d'aller en chercher hier soir. Résultat : gruau salé et café noir pour le petit déj. Un gruau raté parce que j'ai mis trop de sel. Triste et pas bon. Café noir, pas pire, mais pas très nourrissant. Vais me faire des galettes de sarrazin. À l'eau. Avec du sirop d'érable. Très poétique.
Et la photo c'est juste pour me souvenir forever de cet immonde bol de gruau salé. Et dire quelque chose à propos du grand cahier où j'écris le journal des jardins. Je l'ai commencé en 2006 et puis je ne l'ai pas tenu longtemps en 2007 [deux petites semaines, la honte]. Sauf que, pour 2008, tout y est déjà consigné au jour le jour. C'est important un journal.
La preuve sera faite une fois de plus qu'il suffit de l'écrire pour que ça passe. J'ai repris la lecture avec mon vieux Proust, quelque part dans Le côté de Guermantes. Voilà ce dont j'avais besoin.
Hier, 12 avril, c'était sans doute ma dernière neige. L'ultime promenade sous les flocons. Les corneilles sont de retour. J'en ai surpris une accrochée dans les plus hautes branches entrelacées d'un jeune érable au tronc fendu en deux, qui en arrache.
Je l'avais crue seule, mais elles étaient deux. L'autre, nichée dans un sapin voisin. Elles se regardaient, bec de profil, oeil de travers. Noires et craillantes. Elles sont restées là longtemps, à examiner les alentours comme quand on se dit : on reste ici ou on se taille ?
Je lis moins de livres. Presque plus de blogs. Panne de désir passagère. Pas grave.
Abonnée depuis peu au Soleil de Québec. Un camelot motorisé lance le journal devant ma porte tous les matins, avant mon réveil. Je le lis religieusement en savourant mon café au lait, depuis une semaine. Il m'arrive de découper des articles intéressants. Je prélève quelques pages de pub pour allumer le feu et j'envoie le reste au recyclage, me gardant la page des BD et des mos croisés et autres grilles de jeux, ça peut toujours servir. J'adore le jeu des huit erreurs.
La première fois que j'ai entendu le piano de Glenn Gould, j'ai eu une révélation. Un vrai coup de foudre. C'était l'enregistrement 1955 des Variations Goldberg. J'ai écouté cet enregistrement à répétition, j'ai vécu avec et ça a duré des semaines. J'étais encore étudiante à l'UQAM, il y avait un prof. en études littéraires qui faisait jouer l'Aria au début et à la fin de chacun de ses cours. Ça en mettait quelques-uns en transe, et moi.
Quelques petits films, quelque chose de l'ordre de la retraite et de l'effacement. À voir et écouter un à la fois, ou les trois en même temps.
J'ai fouillé et retrouvé mes notes de ce cour. Et mes cahiers de ces années-là, toutes mes notes sur la fugue. La fugue a tombée, morte. Je ne m'en suis pas désintéressée. Plutôt dessaisie. Ce n'était qu'une intuition, trop cérébrale. Et voilà qu'elle a remonté le temps jusqu'à moi. Elle s'est réinstallée, elle vibre et cherche à prendre forme. J'écoute.
Des jours entiers je n'ai pas envie d'ouvrir un livre, je rêve et cherche partout les premiers signes du printemps. Rien sauf le bruit de cascade des ruisseaux et rivières qui dégèlent. Après trois jours de soleil et une bonne chaleur qui faisait baisser le niveau des bancs de neige, je me lève et qu'est-ce que je vois ? encore une tempête. J'ai trouvé l'hiver long. Mais ce fut l'un des plus beaux, des plus blancs et lumineux de toute ma vie. Des plus doux, aussi. Sans peur. Sans presque d'angoisses.
Pour l'écriture, c'est un peu comme pour la lecture. Le fait de travailler à autre chose, ne serait-ce que deux jours par semaine semblait m'en éloigner parce que je n'arrivais pas, aussi souvent que je l'aurais voulu, à m'asseoir et à tracer des mots sur la page blanche. Ça me rendait irritable, grognonne, frustrée. Et puis avec le temps, je me suis rendu compte que lorsque je n'écris pas, j'écris tout le temps, je parle d'écrire au sens de cueillir et de recueillir, d'observer, de raffiner mon analyse et ma vision du monde. J'apprends à faire taire le trop plein des voix et à n'écouter que la mienne, celle qui vient de loin en dedans. C'est dans un longue courbe que cette voix intime intérieure rejoint celles, rares, venant de l'extérieur et qui me touchent. Alors je peux m'asseoir et créer. Continuer.
Comment pourrais-je
m'empêcher
de me laisser pénétrer
jusqu'au rouge de l'âme
par un bonheur absolu
exubérant
et muet
quand j'écoute
le premier acte de
La Bohème
de Pucini
un samedi après-midi
Pour me présenter devant l'art
je ne crois en rien d'autre
qu'aux désirs
de l'immobilité
de l'intimité
à la troublante douceur de l'inachevé
au plus parfait silence
à la page blanche
Ce soir à 20 heures, j'éteins les lumières. Plus. Je coupe le courant et plus rien ne fonctionnera, rien. Même pas l'ordi, ni la radio, ni le frigo, ni tout le reste. J'allumerai des bougies. Et je donnerai une heure pour ma terre mère ma terre amante.
L'information m'est arrivée par email avec la mention « passer le mot ». D'habitude, je suis plutôt rebelle aux consignes de ce genre et je les ignore, me disant que je n'ai pas à transporter toutes les bonnes causes [que l'on trouve bonnes pour moi ou que moi je trouve bonnes] et que chacun fera bien ce qu'il veut, où et quand il le veut pour s'informer, agir ou pas.
Mais ce matin, un je ne sais quoi dans cette missive m'a empêchée de l'ignorer, et donné envie de faire ma petite part. Alors au lieu de transmettre le courriel en question à la poubelle ou à tout mon carnet d'adresses, j'ai songé à le publier dans mon cher journal, qui risque de toucher beaucoup plus de monde et de faire ricochets plus loin sur la douce et violente planète que nous voulons sauver en la détruisant chaque jour un peu plus, sans le vouloir.
J'ai pris un peu de temps pour m'informer des « Heures de la Terre » qui auront lieu à travers le monde sur le site www.earthour.org et ailleurs. Voyez ce document :
Et le contenu du message en question :
Samedi 29 mars - Toutes lumières éteintes pour la planète
Comme chaque année, c'est l'Heure de la Terre (Earth Hour). Le 29 mars 2008, à 20 h, heure de l'Est, le Fond mondial pour la nature vous invite à éteindre pendant 60 minutes vos lumières et faire comme des millions de personnes partout sur la planète qui veulent ainsi signifier toute l'importance de la lutte aux changements climatiques. La grande nouveauté est que cette année, Montréal s'ajoute officiellement aux villes participantes.
Le 31mars 2007 à Sydney en Australie, à l'initiative du Fond mondial pour la nature, plus de 2 millions de commerces et résidences ont éteint leurs lumières une heure durant - l'Heure de la Terre - en envoyant un message clair au gouvernement australien : lutter contre les changements climatiques, c'est possible !
Le 29 mars 2008 à 20 h, l'Heure de la Terre va se célébrer partout sur la planète. Plusieurs villes et métropoles, dont Bangkok, Chicago, Copenhague, Dublin, Ottawa, San Francisco, Sydney, Toronto, Vancouver et Montréal, vont prendre position contre la menace la plus grave à l'heure actuelle : le réchauffement global. Des millions de personnes à travers le globe feront front commun pour passer ce message (voir le communiqué de la Ville de Montréal pour annoncer l'événement).
Quand : samedi, le 29 mars 2008 à 20 h.
Où : Là où vous serez, peu importe où
Quoi : éteindre les lumières pendant une heure
Ce que vous pouvez faire :
- Convaincre votre municipalité à participer
- Convaincre votre entreprise à s'inscrire parmi les compagnies participantes
- Organiser des événements « l'Heure de la Terre » dans votre quartier, dans votre école, au travail, dans votre immeuble
- Convaincre les restaurants où vous mangez et les commerces où vous magasinez de participer à l'Heure de la Terre
- Passer le mot !
N'est-ce-pas ?
Ils ont dit que c'était le printemps. Il neige tout le temps. Avec des grands vents. Et j'attends.
Vendredi matin. Je lis un peu de Prévert. Et si j'essayais de « peindre un oiseau » est-ce que l'oiseau s'envolerait, que ça marcherait, que je signerais ? Et si je recopiais les « Grifouilis dans le fouillis gris », extrait de Soleil de nuit, je dirais que des fois... :
La douleur
des fois c'est à vomir, trop à voir, à ressentir,
des haut-le-cœur.
Mais les amibes de nos amis sont nos amibes, et
quand ceux que j'aime s'abîment et tombent
dans leurs petits abîmes, avec eux je tombe
et j'ai peur de les perdre,
c'est toujours pareil, un beau jour de
calendrier, il y a eu quelque chose
de cassé,
aucune vitre ne me reste tellement elle
a été brisée, qui, la vitre,
quelle vitre, quelle huître,
le vitrier est un ouvrier,
l'huîtrier est un oiseau,
et les huîtriers du Congo tombent
de vertige des roseaux,
rien à faire quoi qu'on dise,
se taire,
je ne suis pas le aujourd'hui, je suis
le hier, et demain je
le refuse des deux mains.
Dès demain, j'essaierai
mais qu'est-ce que j'essaierai...
J'ai un retard d'une semaine à rattraper. Cette photo, je l'ai prise samedi dernier, rue Foucher. Mais en regardant dehors ce matin, je me suis dit que je pourrais en faire une presque pareille. Même petite neige folle qui s'est déposée en occupant le moindre espace libre, en s'accrochant et se liant à tout le reste. Du blanc comme du sucre en poudre tamisé sur un gâteau des anges.
Je crois avoir eu une bonne idée pour tenir ma promesse d'écrire tous les jours. Aujourd'hui, j'écrirai la page du 9 mars et celle du 16. Demain je ferai pareil pour les deux lundis et ainsi de suite jusqu'à samedi prochain, samedi saint, jour où je serai à jour parce qu'ayant vaincu mon vilain décalage horaire.
Je sais qu'avec un peu de persévérance sinon d'entêtement, et avec tous les encouragements que je reçois, surtout, et merci de m'écrire, je reprendrai le fil joyeux et inspiré de mon journal en ligne formerly known as a blog. On se remettra pas à chiquer la guénille terminologique même si ça me tente encore un peu des fois parce qu'y a des mots que j'aime pas, j'ai beau essayer, je m'habitue pas. Le mot blog en est un. À cause du son glog, peut-être, ok j'arrête.
Pour en revenir à samedi et dimanche dernier, je me suis levée sur la rue Foucher, de bonne humeur, bien dormi. En grande forme. Le soir, la tempête faisait ravages et raffales, les rues n'étaient que peu ou pas déneigées. Mais j'avais réservé une table Au pied du de cochon pour fêter deux jours à l'avance l'anniversaire de mon Renaud, alias Éloi, alias Arthur (pour ne nommer que ses premiers alias). Alors je suis passée le prendre chez lui avec sa chérie et on est descendus en se laissant rouler tout doucement et en rigolant jusqu'à la rue Duluth, ne voyant rien d'autre que du blanc, les vitres embuées tout le tour. Failli écraser quelques pieds et des bicyclettes enlisées. Ce fut une grande bouffe pour un dîner d'anniversaire intime, mais heureux.
Il n'est pas encore dix heures du matin et c'est dimanche, 16 mars. La neige tombe encore, épaisse. J'ai des choses à faire : mon lit, aller chercher des buches, alimenter le feu, prendre une douche, manger un demi pamplemousse, écrire à Mario et plus tard, revenir au journal pour finir de mettre dimanche passé sur papier.
À Montréal depuis hier après-midi. Oublié mes lunettes à la maison. En plus, oublié mes carnets et le cordon pour connecter mon nouvel ordi tout mince et léger. J'ai même oublié ma clé usb avec le grand roman du siècle en chantier dont je suis l'auteure manuscrit dessus u, uh, hu et avec ça toute ma poésie, i, ih, hi. Ironie, Ô ironie ma belle, irai-je jusqu'à m'échouer par ce cotonneux soleil du samedi matin, m'échouer dans un cyber café pour tenir mon journal en ligne tel qu'annoncé promis tous les jours [almost] hier ? Pas certaine. Trop à faire. Mais j'en aurais envie, on peut toujours grossir les caractères. Sauf que sans mes lunettes, je peux même pas lire mon Vandal Love. Livre que j'ai pris soin de placer en premier dans mon grand sac en cuir. Noir.
Je cherche une façon d'écrire un journal en ligne qui serait quotidienne, ferait partie de mes activités de tous les jours comme les repas que je prends matin, midi et soir, comme les nuits de huit à dix heures de bon sommeil dont j'ai besoin pour me tenir en forme, comme les randonnées en raquette quand le vent ne charrie pas trop fort la neige folle et que je n'y vois rien devant, comme la douche chaude vaporeuse du matin, comme mes journées de travail de sept heures, cinq jours par semaine, qui se trouvent encore à mon horaire jusqu'au 31 mars. Écrire tous les jours, j'en ai envie. J'y pense et je ne le fais pas. J'essaie juste de comprendre pourquoi je me prive de cela [aussi]. Je travaille moins à mon livre, normal. Et ça, je sais pourquoi. Manque de concentration pour la fiction. Mais la réalité, la vie de tous les jours, je devrais pouvoir la déposer ici. Me semble que ça ferait du bien. Pour alléger, et peut-être trouver, en les écrivant, des réponses à toutes les questions laissées en suspens. Ou juste d'autres questions.
Le bleu du ciel a pris couleur de neige. Les cristaux blancs fleuris et farineux s'empilent si haut que je ne vois plus la maison de ma vieille voisine [morte à la mi-janvier]. Mais ce n'est pas une raison pour me priver de lire La frontière en pyjama un samedi matin. L'incipit, fabuleux, ne cesse de m'obséder : « En 1979, j'ai écrit que j'espérais être lu en 1640. »
Dans le dossier « Pascal Quignard » paru dans la Revue des sciences humaines (no 260, oct.-déc. 2000, Lille), Francis Marcoin écrit :
Ce vœu, « J'espère être lu en 1640 », il l'avait formé dans le XIVe de ses Petits Traités, « Noésis », mais l' Avertissement de la seconde édition de Carus nous dit quelque chose du même ordre : « Chaque roman a le saint qui le protège, le lecteur ancien qu'il rêve... »
Et ce journal ? Il a aussi le lecteur ancien qu'il rêve. Le saint qui le protège, je n'en ai jamais douté. Si j'ose imiter Quignard j'écrirai que j'espère être lue en 1582. Et j'ajouterai, non pas en incipit mais au bas de la page 9, celle du 16 février 2008 :
J'espère être lue en 1582, pendant les 10 jours omis lors du passage du calendrier Julien au calendrier Grégorien.