une touffe d'herbe verte sur un mur en ruine

On dit que le hasard n'existe pas. Qu'il n'y aurait que des coïncidences heureuses. J'en ai rencontré plus souvent qu'à mon tour.

Une fois de plus, aujourd'hui, j'ai envie de jouer au jeu des coïncidences heureuses, pour voir si l'extrait [que le hasard m'offrira] trouvera quelques résonances [sinon des synchronicités].

D'avance, établir quelques règles. Et les suivre, ne pas y déroger, peu importe le résultat :

Aller dans mon bureau, devant la bibliothèque,
étagère de droite, 2ième tablette en partant du haut,
choisir le 10ième livre en partant de la droite,
l'ouvrir au chapitre 2,
aller à la 10ième page,
lire le paragraphe 2 [s'il n'y en a pas, prendre le 2ième phrase et les 10 suivantes]. Recopier :

Ce personnage fait pour se cloîtrer dans l'étude était, l'imagination féminine d'Esther ne manquait pas de s'en souvenir, légèrement déformé, avec son épaule gauche un peu plus haute que la droite. Puis dans la galerie de tableaux de sa mémoire venaient à surgir le réseau embrouillé des rues étroites, les hautes maisons grises, les vastes églises et les vieux édifices publics à l'étrange architecture de la ville du continent où l'avait attendue cette vie nouvelle dont faisait partie le savant contrefait. Une vie nouvelle mais qui se nourrissait d'éléments usés par le temps, telle une touffe d'herbe verte sur un mur en ruine. Pour finir, c'était, à la place de ces scènes changeantes, la raboteuse Place du Marché de la colonie puritaine qui revenait, avec tous les gens de la ville rassemblés pour river sur elle leurs regards sévères — sur elle, oui, sur elle, Hester Prynne, debout, là, au pilori, un enfant sur ses bras et la lettre A, fantastiquement brodée d'écarlate et d'or sur sa poitrine !

Quel magnifique passage ! J'en frémis. Chaque fois que je fais un truc du genre, je ne m'attends pas à ce que le hasard, encadré seulement par quelques consignes insignifiantes en soi, donne de tels résultats, et sélectionne à ma place un extrait qui me surprend à ce point-là. Qui me met en joie. Et me donne l'envie de relire le livre [1] en question.

Pour fêter l'événement, j'ai installé un petit plugin bigfoot qui permet l'édition de notes en bas de pages en forme d'infobulles. Et j'ai déniché « une touffe d'herbe verte sur un mur en ruine » parmi mes photos de l'été 2012. Parce que j'aime l'image, et que la métaphore se fait de plus en plus rare.

Note

[1] Hawthorne, Nathaniel : La lettre écarlate, traduction de Maria Canavaggia, GF Flammarion, Paris, 1982