1. méditations légères

Extrait d'une séance de méditations légères le 4 janvier 2014, vers midi. De mémoire, puisqu'il n'est pas encore possible d'enregistrer le contenu de la pensée live à la maison.

Quand je m'éparpille ou que je commence à m'énerver un peu trop ou encore quand j'ai la tête trop pleine, je m'accorde un petite séance de méditation.

Je médite. Je- me - dit - e. Tout et n'importe quoi.

Impossible de savoir comment ça se passe en dedans quand une personne médite. À moins d'ouvrir la tête d'un moine bouddhiste.

Certains le font dans la plus parfaite immobilité. D'autres pas.

Quand je me pose pour méditer sur le phénomène de la méditation, deux images me viennent : c'est comme sauter en parachute ou marcher dans le bois. Ce que ça me fait ? Ça me remet en mouvement, autrement. Parfois ça ne fait rien mais c'est pas grave. C'est pas une religion ni un médicament.

C'est aussi un peu comme faire son lit sans se presser. Étendre les draps et les couvertures, défaire les plis un par un.

Pour méditer [c'est comme pour écrire], surtout ne pas suivre la recette des autres, ça ne fonctionnera pas. Chacun trouvera comment faire pour soi, c'est trop personnel et intime comme processus, ça ne s'apprend pas dans un livre. Pas besoin d'avoir un maître non plus. À moins d'avoir désespérément besoin d'un père, ce qui n'est pas mon cas.

C'était le fun hier quand j'ai défait le sapin et enlevé les décorations de Noël dans la maison. Balayé le chemin d'épines. Fait sécher puis brûlé dans la soirée les petites bûches utilisées pour coincer le tronc dans le seau rouge en plastique qui me sert pour laver le plancher une couple de fois par année. L'eau stagnante dans le fond, ça sentait la guénille mouillée.

Ici, ils ramassent les sapins de Noël le jour des poubelles, il ne semble pas y avoir de déchiquetage et réutilisation comme à Montréal. Je le garderai donc pour faire des petits feux dehors au printemps.

Défaire le sapin. Ranger les objets lourds de leur symbolique dans des boîtes en carton jusqu'à l'an prochain. Les mêmes gestes ont probablement été posés tout aussi amoureusement [et avec un brin de nostalgie pour ces fêtes païennes que j'aime tant] par une femme quelque part dans le monde en janvier 1914. Elle devait être loin de se douter qu'une terrible guerre éclaterait à l'été de cette année-là.

Cent ans plus tard, mêmes vieilles coutumes. Toujours des guerres ici et là. La vie elle-même ne serait-elle que cycles de répétitions à la chaîne : naître, vivre, mourir, naître, naître, aimer, souffrir, chanter, rire, aimer and so on. Dans les petites comme dans les grandes choses.

Le poêle s'éteint toujours durant la nuit. Ce matin, à -14, je ne l'ai pas rallumé, je le ferai avant le souper.

Le soleil commence déjà à se coucher un peu plus tard. Retour de la lumière.

Ce matin, décroché les guirlandes de petites lumières multicolores accrochées aux cèdres devant la maison. Après, me suis félicitée à haute voix : t'es bonne, tu travailles bien [suivez le regard narcissique posé sur soi-même]. Pourquoi pas. Ton joyeux. Mais t'as de la neige plein tes bottes. Ça fait pas mal.

Tout à l'heure, ménage du frigo avant que les clémentines se marient avec les topinambours. Chanceuse, j'ai des restants de dindon à manger jusqu'en février au moins. Et encore la moitié d'un gros gâteau aux fruits fabriqué début décembre et arrosé du meilleur Barbancourt. Plus de courses à faire ou presque. La sainte paix.

Pourquoi j'aime pas faire l'épicerie.

Au fait, pourquoi la paix serait-elle plus sainte que la bagarre ?

Par -30, -40, je fais du feu au sortir du lit sinon l'hiver ferait son nid dans le salon. Chauffer cette baraque me coûte un bras.

Quasiment toutes mes chaussettes sont trouées. En choisissant celles qui ne sont pas trouées au même endroit et en les superposant, ça va.

Une tasse de thé bien fort et bien noir me ferait du bien.

Déjà une heure que je médite. Next. En sortant tout à l'heure j'ai failli oublier de « désarmer » le système d'alarme. Me suis félicitée de ne pas avoir ameuté les gardiens de ma sécurité pour rien. J'ouvre ensuite la porte et qu'est-ce que je vois ? Mes clés sont restées dans la serrure toute la nuit. Depuis hier après-midi, donc. N'importe qui aurait pu entrer ou mieux, voler les clés et partir avec mon bazou. T'es bonne pour l'asile.

J'aimais beaucoup fréquenter le petit centre zen de la rue Saint Dominique. Là-bas, la moniale disait que méditer c'était regarder simplement défiler les pensées sans rien censurer, sans rien retenir non plus. Laisser filer. Et qu'à la longue, même son rapport à la douleur en venait à changer. Un jour je lui ai demandé : est-ce comme pour accueillir tout ce qui vient de soi ? Elle a dit non. Car accueillir sous-entendrait déjà un jugement favorable [j'accueille ce qui est bon = acceptation]. Il ne s'agit pas de faire le tri entre le bon et le mauvais. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaises pensées en soi, elles sont là. Une, puis une autre.

Dans le fond, le centre zen ne me manque pas. Méditer en regardant le fleuve gelé, c'est zen ou pas zen ?

Mais cette page de « méditations légères » où j'ai tenté de consigner par écrit tout ce qui m'a passé par la tête durant une séance de méditation maison, c'est peut-être l'exercice d'écriture le plus difficile [et le plus poche] que j'aie fait à ce jour.

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