Avant de commencer [disons plutôt « avant de poursuivre, ou de recommencer » - pour être plus exacte - ] je vous demanderais de m'excuser, vous mes lecteurs et amis de la première heure jusqu'à la dernière. Je vous demanderais de me pardonner, non pas de ne pas penser à vous qui êtes toujours là, certains même depuis mes premiers balbutiements diaristiques secrets publics en ligne qui datent de l'an deux mille ; à vous que j'aime et avec qui nous avons tissé des liens joyeux soyeux lumineux, ceux qui riment en eux et qui vous séduiront, et je vous remercie, vous qui m'avez maintes et maintes fois encouragée à continuer, à me relever, à ne pas avoir peur, à oser. Je pense à vous [oui, toi] presque chaque jour, soir ou matin. Pour vous, je désire toujours tenir ce journal que je croyais n'écrire que pour moi. Mais je m'en suis éloignée et je n'aime pas ça. Ce n'est pas ce que je souhaite et ça m'embête. Quelque chose m'en empêche et la chose, plus le temps passe, plus elle s'alourdit. Comme un abcès qui gonfle et gonfle jusqu'à m'empoisonner et que je n'aurais pas le choix de soigner si je ne veux pas lui laisser toute la place, ma place. C'est pour ça que je cherche une manière d'absolution. Peut-être que je m'y prends mal. Que je devrais oublier tout cela et passer à autre chose, voguer sur le superficiel, surfer sur les frivolités ou publier un blog avec toutes mes recettes de cuisine, ou mes résumés de lecture, que sais-je. Plus j'y réfléchis plus je crois que la ou les raisons qui font que j'ai laissé se relâcher [sinon lâcher ou en tout les cas laissé se détendre] le fil des mots qui me retenait à vous et à moi-même par la même occasion, ne sont que bassement matérielles. En fait le « matériel » ne serait qu'un abri, un antre contaminé où se cacheraient et fermenteraient des dégâts intimes et personnels du genre « collatéraux ». Possible.

Diagnostic provisoire : 1. Je n'aurais pas digéré/accepté de m'être fait voler mes affaires l'an passé, surtout mes bijoux et mes ordinateurs, mon appareil photo, mes parfums et tout. Bien sûr, chaque « objet » a été remplacé par un autre tout neuf [sauf mes bijoux et autres babioles que je chérissais depuis l'enfance, puis l'adolescence, des cadeaux d'amoureux, puis d'amants et de maris, et une quantité folle de petits objets précieux [même du papier à rouler et un petit briquet rouge, moi qui ne fume pas, héhé] que je conservais allez savoir pourquoi - dans une boîte de Johnnie Walker Black Label Old Scotch Whisky Aged 12 years en métal noir - elle-même placée dans la même grande boîte que mes bijoux. Ce qui m'a fait un peu jurer aussi, c'est que mes voleurs ont aussi dérobé les petites boîtes en forme de coeur et les coffrets qui contenaient mes trésors et les gardaient bien au chaud dans mon coeur à moi], sauf deux ou trois et la boîte de Johnnie Walker, vide. Elle, ils me l'ont laissée. Avec une bobine de fil rouge Guterman 100% coton dedans, dans le coin inférieur droit. Et le petit sachet de papier à rouler, lui, je l'ai retrouvé des mois plus tard dans la boîte à boutons. Étrange déplacement.

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Désolée pour la longue parenthèse. J'ai l'impression qu'aujourd'hui, toute cette page ne sera rien d'autre qu'une longue parenthèse.

Diagnostic provisoire : 2. Je ne me serais pas adaptée. Je sais, il y aurait peut-être d'autres petites bêtes noires aussi, c'est tout mélangé et je n'y comprends pas grand-chose.

Ce qui m'importe aujourd'hui c'est de briser ce silence [cette absence] qui ne fait de bien à personne. Le ciel était ce matin très bleu et très froid pour un jour de juillet [14° ici madame, c'est pas chaud]. Mais le grand soleil qui m'a réveillée à l'aube ne fait que son possible, tout de même. J'ai cru trouver une piste [en rangeant la cuisine et en notant sur un petit tableau noir la liste des choses à faire aujourd'hui] : je ne me serais pas habituée à me servir du nouvel ordinateur, un imac de 21 pouces tout neuf portant pareil à l'autre dont je me servais pour publier le journal. J'y avais installé un serveur web Apache en local [merci Mamp] avec Dotclear [merci les cousins] et j'avais même téléchargé mon propre journal dans une base de données - ça roulait sur mon propre ordi comme sur le web et j'en étais pas peu fière. C'est ainsi que je baragouinais mes petits billets avec ou sans images, retouchais ou changeais le design, bref testais tout le boudin et le tintouin qu'il faut pour faire bouillir la marmite blog, validais [merci w3c] pour rester conforme aux standards du web, bidouillais widgets, plugins et autres bestioles, re-testais et déboguais les points et virgules de tout acabit sans oublier de déposer les ultimes parenthèses avant de publier.

[Ceux qui ont forcé la porte m'ont pris tout ça et j'ai encore mal au coeur quand je pense à ma bibliothèque de photos et plus encore, mes fichiers avec mes textes de la dernière année. Le savent-ils ? Ont-ils fouillé dedans avant de jeter le disque dur et de revendre ce mac que j'aimais tant ? Je ne le saurai jamais, sans doute. « Faut faire son deuil » qu'ils disent. Phoque le deuil.]

Dès que j'ai pu, j'ai pris mon courage à deux mains et réinstallé Mamp, Dotclear et la page du jour de ce jour-là, sur mon nouvel ordi, mais je n'ai pas eu la force de repiquer toutes mes pages qui sont stockées sur Bluehost quelque part en Californie [je crois], c'est long et fastidieux comme travail ; et je n'ai pas eu le courage de re-travailler en local non plus. Et si les serveurs [de Dotclear ou de Bluehost] plantaient ou fermaient pour de bon et sans préavis, je n'aurais plus le moindre de ces mots. J'ai bien sûr quelques bonnes vieilles sauvegardes sur un disque dur externe, la dernière datant de 2007 ou 2008.

Diagnostic provisoire : 3. 4. et 5. J'aurais peur, etc... Pourquoi je n'en fais pas une autre, de sauvegarde ? J'imagine que j'aime mieux avoir peur que ça pète. Ou que je n'ai pas confiance. Ou peur qu'ils reviennent et me volent aussi le dde et mes clés usb un coup parti. Ou que je m'attende à ce qu'un jour je perde tout, de toute façon. Ou que je me dise à quoi bon. Ou que tout cela n'a aucune importance. Pourtant je ne crois pas être fataliste. Ni résignée. Ni aquoiboniste. Ni transie de peur, ni pétrifiée d'angoisses existentielles. Ce n'est pas ça.

Diagnostic provisoire : 6. Et si je me vautrais tout simplement dans la paresse ? C'est ça. Je serais comme une éternelle ado paresseuse qui aimerait mieux passer ses journées à lire des romans [mais rien que des maudits bons] toute la journée plutôt que d'écrire et ce depuis les deux ou trois dernières années et on dirait que c'est de pire en pire.

Dimanche et lundi j'ai lu les 557 pages de La fiancée américaine [Éric Dumont, Marchand de feuilles, Montréal, 2012]. Mardi et hier, c'était John Irving : Dernière nuit à Twisted River [Seuil, 2011], mais je ne l'ai pas fini celui-là. Parce que j'ai regardé deux ou trois films mardi et mercredi soir au lieu de lire et que le jour j'ai cueilli des tagètes, du romarin, que j'ai fait sécher dans le déshydrateur. J'ai cueilli le persil italien, le persil frisé et la ciboulette et j'ai commencé un nouveau bocal d'herbes salées [le tout haché menu et bien tassé : je mets un quart de tasse de sel de Guérande pour une tasse d'herbes hachées].

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Qu'est-ce que je fais avec les pétales de tagètes séchés ? Ils sentent la moufette dans le jardin mais en séchant, ils dégagent une très douce odeur un peu poivrée ; je les aime pour leurs couleurs surprenantes, soit dans la cuisine [les pétales sur une salade ou des légumes au teint pâle] ou pour teindre laines, tissus. Les plus foncés donnent un bel orange mordoré, presque safran, et les jaunes, le plus beau jaune tendre dont on peut rêver sous le pâle soleil d'hiver.

Projet pour le mois d'août : avoir assez de poudre de tagètes pour teindre en safran une petite nappe blanche. En fin de compte, je ne sais pas si je suis paresseuse que ça. Je ne vois pas passer les journées. Je m'occupe du jardin. Comme toujours, j'ai vu trop grand et j'ai semé et planté une bonne variété de petits fruits, de fleurs et de légumes [surtout des légumes], en plus de laisser pousser tout ce qui veut bien le faire juste pour observer la beauté et la grande ingéniosité des plantes. J'ai fait des photos des fleurs et tout le reste. Pas autant ni aussi réussies que j'aurais voulu. Je les ai re-dimensionnées et mises sur le site, mais jamais publiées.

Diagnostic provisoire : 7. Je serais trop perfectionniste. Comme si je me disais : tant que ce n'est pas parfait, ça n'en vaut pas la peine. Comme si je ne voulais pas m'exposer aux commentaires négatifs. Ou à l'absence de commentaires ressentie comme de l'indifférence ou du mépris. Alors que c'est écrit depuis toujours dans l'ordre des choses que vous n'avez pas que cela à faire et que je ne suis pas le nombril du monde. Une simple question d'orgueil mal placé alors ? Possible. Mais fatigant et envahissant comme du chiendent.