Je lis moins de livres. Presque plus de blogs. Panne de désir passagère. Pas grave.

Abonnée depuis peu au Soleil de Québec. Un camelot motorisé lance le journal devant ma porte tous les matins, avant mon réveil. Je le lis religieusement en savourant mon café au lait. Il m'arrive de découper des articles intéressants. Je prélève quelques pages de pub pour allumer le feu et j'envoie le reste au recyclage, me gardant la page des bd et des mos croisés et autres grilles de jeux, ça peut toujours servir. J'adore le jeu des huit erreurs.

La première fois que j'ai entendu le piano de Glenn Gould, j'ai eu un plus que foudroyant coup de foudre. C'était l'enregistrement 1955 des Variations Goldberg. J'ai écouté cet enregistrement à répétition, j'ai vécu avec et ça a duré des semaines. J'étais encore étudiante à l'UQAM, il y avait un prof. en études littéraires qui faisait jouer l'Aria au début et à la fin de chacun de ses cours. Ça en mettait quelques-uns en transe, dont moi.

J'ai déniché ces petits films, pour mémoire de la retraite et de l'effacement. À voir et écouter un à la fois, ou les trois en même temps.

J'ai fouillé et retrouvé mes notes de ce cour. Et mes cahiers de ces années-là, toutes mes notes sur la fugue. La fugue a tombée, morte. Je ne m'en suis pas désintéressée. Plutôt dessaisie. Ce n'était qu'une intuition cérébrale et désincarnée. Et voilà qu'elle a remonté le temps jusqu'à moi. Elle s'est réinstallée, elle vibre et cherche à prendre forme. J'écoute.

Des jours entiers je n'ai pas envie d'ouvrir un livre, je rêve et cherche partout les premiers signes du printemps. Rien sauf le bruit en cascade des ruisseaux et rivières qui dégèlent. Après trois jours de soleil et une bonne chaleur qui faisait baisser le niveau des bancs de neige, je me lève et qu'est-ce que je vois ? encore une tempête. J'ai trouvé l'hiver long. Mais ce fut l'un des plus beaux, des plus blancs et lumineux de toute ma vie. Des plus doux, aussi. Sans peur. Sans presque d'angoisses.

Pour l'écriture, c'est un peu comme pour la lecture. Le fait de travailler à autre chose, ne serait-ce que deux jours par semaine semblait m'en éloigner parce que je n'arrivais pas, aussi souvent que je l'aurais voulu, à m'asseoir et à tracer des mots sur la page blanche. Ça me rendait irritable, grognonne, frustrée. Et puis avec le temps, je me suis rendu compte que lorsque je n'écris pas, j'écris tout le temps, je parle d'écrire au sens de cueillir et de recueillir, d'observer, de raffiner mon analyse et ma vision du monde. J'apprends à faire taire le trop plein des voix et à n'écouter que la mienne, celle qui vient de loin. C'est dans un longue courbe que cette voix intime intérieure rejoint celles, rares, venant de l'extérieur et qui me touchent. Alors je peux m'asseoir et créer. Continuer.