3. du côté de la renouée

Mais qu'est-ce qu'elle a qu'elle écrit pas, la renouée. La renouée elle a qu'elle est malade. Une vraie de vraie grippe attrapée on sait pas comment. Ça a commencé en revenant de faire de la raquette, le jour de la promenade avec moult images, me semble que ça fait deux semaines de ça. Au retour donc, je frissonnais et je n'arrivais pas à retrouver ma chaleur. J'ai fait et bu du thé de Russie, fort et noir. Me suis encore couchée trop tard ce soir-là. Et puis hier matin, réveil avec un couteau planté en travers de la gorge.

Bouillante de fièvre. Même pas pu aller travailler. Me suis traînée du lit au divan. Pas mangé, sauf des soupes légères. Trop courbaturée de la tête aux pieds. Même pas pu profiter de ce congé inespéré pour lire ou tenir mon journal. Une sorte de pas le goût de rien.

Et puis ce matin, montagnes russes, bouillons de fièvre et frissons, les jambes en coton. Mal à la tête, aux oreilles, partout. La gorge, ça va un peu mieux côté douleur, sauf que j'ose pas trop parler, les sons rauques qui en sortent me font un peu peur. Une chance que je suis seule. Vive l'univers ouaté de la congestionnée courbaturée au nez sec.

Et puis quelle orgueilleuse. Je la forcerai à réinstaller le bidule à commentaires. Et tant pis s'il reste à zéro. Elle pourra pas toujours « faire comme si » elle n'avait rien d'intéressant à raconter pour rester toute seule dans son coin et « faire comme si » elle était toute seule sur la terre.

Les notes ? C'est ce qui tiendra lieu de commentaires, dans ce journal. C'est votre espace à vous pour écrire le journal avec moi. Si la chose vous intéresse. Et à moi, cela me ferait bien plaisir. Je suis sérieuse. Je lirai. Je répondrai. Et tout ça. Sauf que, dans l'effort de MT pour éliminer le spam, le bidule demande de s'inscrire [s'identifier] la première fois. Pas la suite, vous pourrez écrire tant que vous voulez. J'avoue que cela semble un peu rébarbatif, cette histoire d'inscription, mais au moins ça laissera les robots qui veulent nous vendre du v.iagra, des p.énis e.nlargés et de la p.orno m.oche sur le paillasson.

Et la renouée ? Je me devais d'en faire un titre, et rendre à César, remercier André C. qui a semé l'idée il y a quelques années, lui qui me traitait gentiment d'ado. paresseuse. C'est la première personne à qui j'avais confié, dans le temps, que j'écrivais un journal en ligne [en cachette]. Ma page d'accueil avec de la musique wav, truffée de citations de Kafka et de Sylvia Plath, l'avait bien fait rigoler. C'est un peu pour cela, la renouée, un symbole de ténacité. Pour me rappeler mes bonnes résolutions pour l'année 2008 : en finir avec la paresse et toutes les autres insignifiantes bonnes raisons qu'elle se donne pour ne pas écrire ce qui la travaille, pour ne pas prendre le taureau par les cornes et besogner dur. Et pour le contact, toujours. Comment elle écrivait, déjà : « this terrible desire to establish contact... » Je devrai trouver la phrase exacte et son origine. Elle est de Plath ou de Mansfield ?

J'ai fouillé tout mon journal pour retrouver l'image de la renouée, et la page écrite il y a quelques années. Autocitation corrigée, donc (dans le temps, je ne voyais pas les fautes qui aujourd'hui me sautent aux yeux, et que je me donne le droit et le devoir de corriger [seulement le plus gros], par respect pour la langue et vous qui lisez. C'est aussi ça, écrire en ligne, c'est ne pas se rendre compte de fautes et d'erreurs flagrantes parce que tout se passe tellement vite et puis que ça a l'air beau, sur le coup, et puis que demain arrive tout de suite et hop, une autre page et ainsi de suite...) :

Un jour, avec son insolence heureuse, il m'avait parlé de la renouée des oiseaux. Il disait cette fleur pousse partout où rien ne pousse. Dans les fentes des trottoirs, par exemple. Ou dans les terrains vagues, arides ou abandonnés.

Elle pousse partout, la renouée des oiseaux. Une fleur tellement à lui tout seul, que je n'osais pas la nommer et encore moins l'écrire. Je la regardais de loin.

Il avait voulu en faire le titre d'un livre et ça n'avait pas plu à l'éditeur. Alors il avait sacrifié sa renouée, remise sous le cartable avec les autres fleurs, dans le scrapbook des titres qui lui trottaient dans la tête.

On dit renouée, sans doute parce que la plante est couverte de petits noeuds. Sur les racines, les noeuds donnent naissance à un petit bouquet de racines plus fines qui puissent l'eau dans le sol. Et sur la tige, chaque noeud s'éclate en de minuscules fleurs blanches avec du jaune autour.

Elle seule peut dire les mots, dire je suis la renouée des oiseaux, parce que quelqu'un, un jour, lui a donné ce nom-là.

Je pense à la renouée, je ne sais pas pourquoi. Et à cause d'elle et de tout cela qui est si étrange et troublant, je crois bien que je n'écrirai plus jamais « quand j'écris je suis une fleur ».

Aujourd'hui, je n'écrirai pas je suis une renouée des oiseaux. Si indifférente. Je suis une femme fragile. Et indifférente. Une indifférente femme différente en mon centre. Pas une fleur.

Aujourd'hui, je suis une femme et je vis, et c'est pour ça que j'écris.

Voilà. C'était à la page 80 du Journal de Script, écrite un jour de printemps, en 2002. Toujours actuelle mais ne datant pas d'hier, preuve que les noeuds de la renouée poussent toujours, et que la plante est bien vivante.

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Commentaires

le 5 janvier 2008 à 16h27 [UTC-5], nathalie a écrit :

Longue vie à la petite renouée des oiseaux. Je la regarderai autrement quand je l'arracherai au printemps dans mon jardin. C'est qu'elle est un peu envahissante, on dit qu'elle est arrivée aux Amériques dans les bagages des colons.
C'est chouette de pouvoir mettre des commentaires maintenant !


le 5 janvier 2008 à 16h51 [UTC-5], annie a écrit :

Bonjour Nathalie,

Contente que tu aies brisé la glace et inauguré officiellement la boîte aux commentaires. un gros merci !

he oui, la renouée des oiseaux, comme plusieurs espèces d'herbes "sauvages" voyage bien, il en vient de partout et souvent elles prennent toute la place et menacent la végétation locale - les humains ne sont pas les seuls à migrer sur d'autres continents

la première renouée qui a poussé ici est peut-être née d'une graine collée sous les semelles des premiers explorateurs ou encore dans les jupons des Filles du Roy qui avaient séché au bon soleil de France avant de partir

voilà, autant pour moi, c'est très chouette de lire des commentaires maintenant !


le 6 janvier 2008 à 3h13 [UTC-5], kali a écrit :

Bon rétablissement Annie, ici ces jours ci on ne se croirait pas dans le sud de la France mais au pays de Hurlevent, brouillard fantômatique juste égayé par la cabane aux oiseaux qui ne désemplit pas, à bientôt! bises chaleureuses.


le 6 janvier 2008 à 5h05 [UTC-5], Leonor a écrit :

Chère Annie, quel plaisir de te retrouver un peu plus souvent par-ici et de pouvoir renouer grâce aux commentaires.
Ce petit mot surtout pour te présenter mes meilleurs voeux pour une année 2008 telle que tu la rêves ! et mes souhaits de bon rétablissement aussi. Au sortir de la grippe, on se sent comme nettoyé, je trouve, et prêt à repartir d'un bon pied.
Bises


le 7 janvier 2008 à 9h36 [UTC-5], annie a écrit :

Kali et Leonor,

Merci de vos souhaits, et une bienveillante 2008.

Chez-moi, la grippe s'incruste... hier c'était pire : poumons en feu, écharpe de laine autour du cou et encore du bouillon de poulet. Si ça nettoie, je serai toute propre dans quelques jours.

Atchoums et bisous garantis sans virus !

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