and meet me at the back of the blue bus

Je n'avais rien écrit. Un air me trottait dans la tête : The end, et les Doors. Je cherchais les paroles et j'ai trouvé une video. La présentation était moche mais je sautai par dessus. Il manquait le passage « oedipien ». Censuré après ou durant le spectacle ? Il aurait fallu y être pour le savoir.

C'était sur Google et il y avait un bout de code qu'ils proposaient de copier et coller dans le journal. Je l'ai fait. J'ai lu les paroles plusieurs fois en écoutant The end à répétition. Jusqu'à cinq heures du matin. J'avais griffonné quelques mots en bas de la video, une manière de petit poème d'à peine vingt mots et je les ai effacés tout de suite après : quelques minutes ou peut-être une heure ou deux. J'étais dans mon lit avec du thé et des biscuits, des livres, mon journal et le portable. J'avais répondu à quelques emails dans la nuit. Lu un peu par ci par là. Je me suis endormie à cinq heures, et à sept j'étais debout. Pas fatiguée.

Le lendemain j'ai effacé le lien vers la video, et le titre, ce n'était pas une vraie page de journal et je n'avais pas envie de conserver ça. Le trip étant fini, le temps était venu de descendre de l'autobus bleu. J'avais dit que j'écrirais tous les jours. Je ne dois pas être facile à suivre ces temps-ci. J'ai passé presque une semaine sans écrire et ensuite j'ai balancé toute une floppée de pages d'un seul coup comme une carabine à répétition. Toutes la même journée. Je me suis servie du journal papier pour retracer ce qui pouvait être « livré » à l'internet. Je n'ai pas recopié mot à mot, c'est impossible. J'ai distillé.

J'ai eu à faire avec la peur. C'est fini. Je regarde autour de moi et je mesure les dégats. Des problèmes s'accumulent, va falloir que je les règle. Je me traîne dans mes journées en pyjama, je me traîne partout comme un escargot les pieds dans des mules en mouton. Mon vieux grand châle black watch en cachemire sur le dos. Pas belle à voir, mais je ne me vois pas. Je me traîne et je traîne mon journal d'une pièce à l'autre et j'écris dedans, à la main. Tout le temps. Parfois même en mangeant. Qu'est-ce que j'ai tant à écrire. Cette histoire de ma peur. Je ne fais plus de cauchemars. Je n'entends plus la peur la nuit. Mais le jour, rien ne va plus. Je veux me perdre dans une foule et marcher sur les trottoirs sales. La ville, mes enfants, mes amis, le métro me manquent. Où je suis, je ne suis pas bien très longtemps. Jamais bien complètement. Pas à ma place ou en retrait. Toujours besoin de partir ailleurs. Existe-t-il un médicament.

C'est l'histoire d'un deuil qui ne passe pas. Un corps. Un regard et des pas dans l'escalier. Dix-sept ans plus tard, et qui ne se résoud pas. Je « veux » le voir.

It hurts to set you free / But you'll never follow me / The end of laughter and soft lies / The end of nights we tried to die

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