À l'aube, un rêve. Je rêve que le jour se lève et que je suis heureuse. Je me réveille et je sors marcher dans la rosée gelée. La poule aux plumes grises court partout et picore avec un air affolé. Je la suis.

Je regarde dans le foin sec et je vois un oiseau mort, la tête arrachée et pas de sang. Un peu plus loin, un autre oiseau gît sur le côté, amputé de la tête lui aussi. Le bec ouvert comme pour crier.

Et puis un autre et encore un, tellement que je renonce à les compter. Je rentre prendre un manteau et je file vers la grange, voir s’il s’est passé quelque chose par là. J’emprunte un nouveau sentier qui traverse une petite forêt où je n’ai jamais marché.

Derrière une colline, j’arrive à une vieille et minuscule église blanche pas plus grande qu'une maison ordinaire mais avec un clocher. J’entre. Un groupe de musiciens s’y est installé pour vivre en commune. Des jeunes habillés dans le style hippy, avec bandeaux et des fleurs dans les cheveux et les filles avec des tresses longues jusqu’au bas des reins et des robes aux couleurs d’eau et d’herbes.

L’un deux me demande des nouvelles de Miles. Surprise, je demande mais d’où le connaissez-vous. Il est notre ami, répondent-ils. Dans un coin, plusieurs instruments de musique.

Ces jeunes sont joyeux. Je raconte ce que j’ai vu, les oiseaux morts, j’interroge, s’ils sont au courant, s’ils savent ce qui a pu se passer. Non, ils n’ont rien vu, pas par ici, ici les oiseaux sont vivants, et ils reprennent leurs activités.

Je vois un orgue en bois foncé, ouvragé et antique comme un clavecin à gauche de l’autel. À droite, un grand lit à baldaquin, défait. Je me dis quelle bonne idée pour lire au lit : un large lutrin qui servait à porter les partitions de musique sacrée sur l’orgue trône au milieu, couvert de livres. Les miens, mes lectures préférées.

Deux filles remontent dans ce lit haut et large et elles reprennent leur récit, avec des voix chantantes. Ça résonne comme des paroles de chanson sur différents tons, une sorte de chœur polyphonique mais en très très doux et presque murmuré.

J’oublie les oiseaux morts. Et pendant ce temps une femme allaite son bébé dans un hamac qui la berce, entre deux colonnes, près d’un foyer avec une sainte vierge Marie bleue à l’intérieur. Il y a des échafaudages et des tréteaux, des échelles, et les hommes refont la peinture, les dorures.

D’autres grattent et poncent en prenant mille précautions. Je vois un large vitrail et le soleil qui émerge et fleurit au travers. Je me réveille pour vrai et j’allume le feu. Je n’écris pas le songe. Pas d'interprétation ni d'analyse. Je contemple.