J'ai refermé Tristram Shandy tard hier soir. Et je l'ai réouvert plusieurs fois aujourd'hui pour noter quelques passages, et prendre des notes.

Extrait de Laurence Sterne, ce passage qui précédait immédiatement celui cité hier :

Dites-moi, cher lettré, ne cesserons-nous pas d'ajouter tant à la quantité et si peu à la vraie richesse ?

Ferons-nous éternellement de nouveaux livres comme les apothicaires font de nouvelles potions en versant d'une bouteille dans l'autre ?

Enroulerons-nous éternellement la même corde que nous venons de dérouler ? éternellement sur la même voie ? éternellement à la même allure ?

Notre destin demeurera-t-il de montrer au peuple jour après jour, et les fériés comme les ouvrables, les reliques de notre savoir, comme les moines montrent celles de leurs saints sans faire un seul petit miracle ?

[Livre cinquième, Chapitre premier]

Dans ce journal, je parle encore beaucoup trop de moi, sinon pas du tout. Et c'est ça le but. Cela étant dit, j'avais pris la ferme résolution d'écrire le dehors, seulement ce que je voyais, et ça n'a pas marché. 

Pour en revenir à Sterne, l'heureux homme, bien qu'il fut pasteur, ne s'enfargeait pas dans les fleurs du tapis des rhétoriciens et des pudibonderies quand il était question des mystères de la vie, de l'amour et du sexe. Rabelais aurait apprécié.

Inspirée par ses futurs chapitres à écrire sur les boutons et les moustaches, je me suis dit pourquoi résister davantage à la folle envie qui me taraude depuis des lunes d'écrire une page ou deux – que dis-je, un feuilleton complet – sur le pied, juste pour distraire un peu les nombreux robots et autres [rares] visiteurs qui s'égarent encore par ici. Personne parmi vous lecteurs, hormis mes proches, ne se doute [sans aucun doute] que j'ai de fort beaux pieds, des pieds grecs. Là-dessus, debout sur mes deux pieds, toute nue et nu-pieds, ou pieds nus et toute habillée, la tête en bas, je pourrais disserter des jours entiers. Voir pour preuve quelques schémas et photos sur la morphologie et les différents types de pieds [des images bientôt].

Inspirée par mes propres pieds, petits petons propres et parfumés, et la nature étant ainsi faite que si je laisse ma muse dériver in[dé]finiment et à sa guise sur des histoires de pieds, je pourrais en disserter et en discuter infiniment, notamment sur :

  • le pied marin
  • le pied-de-biche
  • le pied-à-terre
  • le pied-d'alouette
  • le pied-de-cheval
  • le pied-de-chèvre
  • le pied-de-coq
  • le pied-de-loup
  • le pied mariton [madelon]
  • le pied-de-mouton
  • le pied-de-poule
  • le pied-de-roi
  • le pied-de-veau
  • le pied-d'oiseau
  • le pied-droit
  • le piédestal
  • le pied-fort
  • le piedmont
  • le pied-noir
  • le piédouche
  • le pied-plat
  • le piédroit [ou pied-droit]
  • le piéfort [ou pied-fort]
  • le pied bot
  • le pied de grue
  • le pied du lit [attachée après]
  • le pied à l'étrier
  • le pied bandé
  • le piétiné

Ouf. J'en ai oublié des verts et des moins mûrs, sinon plusieurs centimètres, mais surtout les pieds avec des auxilliaires. Dresser cette longue liste [surtout poser les codes html alentour] m'aura fatiguée et je n'ai pas encore soupé. La suite demain, donc.

Mais une simple liste ne saurait être que l'ombre du corps du sujet, et elle est bien loin d'être terminée car chacun des items, une fois l'inventaire complet complété, se mériterait un ou deux chapitres à lui seul, sinon tout un volume. Bref, si je veux, j'aurai beaucoup à écrire sur le pied. J'espère toutefois que cela intéressa quelqu'un.

Je sens que quelques chose m'échappe. J'ai dû oublier un truc sur le feu, est-ce que la maison brûle ? Qu'est-ce qui peut bien m'être arrivé pour que, terminant ma lecture de Tristram Shandy, je glisse des histoires de trous de serrures aux histoires de pieds ? Mystère. C'est ce que nous saurons peut-être au prochain épisode.