Grosse journée. J'ai beau la brosser, la laver, la sécher et la parfumer, la caresser, et refuser de la couper, la chevelure devient néanmoins trop lourde et beaucoup trop longue, et plus ça va, plus ça pèse lourd. Alors mes beaux et sages chignons ne tiennent plus en place. Il y a drama en la demeure. Il fut un temps – pas si lointain – où les soucis de la diariste et son chat étaient un peu moins superficiels et, avouons-le, légèrement plus profonds que l'épaisseur « du » cheveu. Mais là n'est pas la question. Y'en aura pas de facile. Dixit le grand Montaigne ? Non. Dixit personne.

Je rêve d'hier. Je rêve d'un bain de neige. Immergée de la tête aux pieds, avec ü. On rirait des oiseaux sur la branche. On rirait des futilités et des coupes de champagne qui se tordent de rire sur des plateaux d'argent. On pleurerait sur notre autisme génial. On voudrait tordre le cou des mots qui ont trop de pouvoir et dont on abuse sans vergogne. On se dirait qu'on est deux larves et on se trouverait une pomme pour s'y lover chacun de notre côté du coeur. Au départ, on se dirait : « chiche, le premier à attraper un pépin, les yeux fermés, se change en fourmi ». Alors je gagnerais, comme il se doit, ne suis-je pas la favorite, et je le prendrais dans mes bras pour le consoler d'avoir perdu, lui qui gagne tout le temps. Je lui dirais qu'on est tannés d'être des enfants gâtés. Qu'on en peut plus. Qu'on veut plus avoir raison jamais ni être cohérents. Parce que de toute façon on sait bien qu'on a toujours raison. Réussir tout ce qu'on fait, et tout ce qui va avec, c'est nul. On veut toucher le fond et on va y toucher. Avec nos pieds de larves.